Aménagements urbains et attractivité de la rue Saint-Jean

Le 8 juin dernier, le Conseil de quartier nous conviait à une conférence portant sur l’attractivité des artères commerciales de Québec. La vitalité de la rue Saint-Jean joue un rôle particulièrement important pour la vie de quartier, et vice versa, d’où l’importance de s’y pencher.

« Proposer des aménagements de l’espace en fonction des besoins des résidents et des usagers favoriserait à court terme l’appropriation de la rue par ceux-ci. Une rue plus vivante et plus dynamique peut, à moyen terme, favoriser une bonification de l’offre commerciale et à long terme, accentuer l’intérêt de la clientèle régionale ». Ce qu’il faut savoir, c’est que les principaux concurrents des rues commerciales sont les centres commerciaux. Plusieurs facteurs expliquent ce constat : augmentation du nombre d’automobiles par ménage, environnement contrôlé, stationnement gratuit et en grande quantité, etc.

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Comment concurrencer les centres commerciaux?

C’est la question qui a orienté les échanges lors de la soirée. Pour répondre à cette question, laissons au passé ses erreurs (mail Saint-Roch, par exemple) et analysons plutôt les 4 facteurs-clés généraux dégagés de la recherche d’une équipe d’étudiants de l’Université Laval, représentée durant la soirée par M. Sébastien Mackey, sous la direction du chercheur Owen Waygood.

Plusieurs personnes ont assisté à la conférence du 8 juin dernier. Photo: Laurie Vallières.

D’abord, certains types de commerce vont affecter la fréquentation. Par exemple, la présence de dépanneurs ou d’épiceries va attirer une personne plus souvent qu’une galerie de meubles. Aussi, le sentiment de sécurité et la possibilité d’établir des contacts sont garants de fréquentation. À noter que la cote accordée à la rue Saint-Jean en matière de sécurité n’aurait aucun impact sur la fréquentation!

Le troisième élément à considérer est le fameux stationnement, et particulièrement les horodateurs. Nous nous en doutons bien : son prix et la perception de celui-ci ont des impacts sur la fréquentation. Une idée judicieuse mise de l’avant au cours de la soirée est de moduler le tarif des stationnements selon leur localisation et le moment de la journée pour optimiser l’espace avec un taux de 80-85% d’occupation en tout temps. Les besoins en matière de stationnement ne sont pas les mêmes partout à Québec.

Finalement, la distance entre le lieu de résidence et la rue commerciale serait l’élément le plus important pour la fréquentation des artères étudiées. En effet, les principaux usagers sont en grande majorité des marcheurs! Selon l’enquête des déplacements du MTQ (2011), environ 68% des déplacements vers la rue Saint-Jean se font à pied, 24,4% en automobile, 8% en transport en commun et 1% à vélo.

On voit ici le lien : les marcheurs sont plus sensibles à la distance que les automobilistes. 10 km est plus difficile à franchir à pied qu’en auto.

Donc, la volonté de se déplacer (à pied) vers une rue commerciale dépend de la distance à parcourir. De manière générale, les gens sont prêts à se déplacer pour 500m de distance. En delà de 500m, la probabilité d’aller magasiner sur une rue commerciale du quartier diminue drastiquement.

Pour la rue Saint-Jean, le problème est là. À l’intérieur de 500m, les gens se buttent à la falaise. La topographie peut être un obstacle majeur pour plusieurs personnes. De plus, l’avenue Cartier est tout près. Ce qui veut dire qu’un résident situé dans un rayon de 500m de la rue Saint-Jean a également comme option l’avenue Cartier. L’artère du quartier a donc un autre rival que les centres d’achat.

Les aménagements qui distinguent la rue Saint-Jean

En plus d’identifier 4 facteurs-clés de la fréquentation des rues commerciales, les auteurs de l’étude ont réalisé des sondages en ligne et en personne pour déterminer quels aménagements étaient les plus appréciés sur la rue Saint-Jean, et ce qui pourrait être amélioré.

La rue Saint-Jean est appréciée pour la quantité de bancs à la disposition des passeurs et pour ses espaces publics, particulièrement le parvis de l’église. La largeur des trottoirs et leur aménagement ont été abordés comme éléments satisfaisants mais également comme pouvant être améliorés. D’autres besoins exprimés visent davantage de végétation et d’ombrage, plus de supports à vélo et une piste cyclable.

Une proposition d’aménagement

À partir de ces constats pour la rue Saint-Jean, les étudiants ont émis une proposition d’aménagement, dont les illustrations se trouvent en haut de cet article. Elle inclut la perte d’une voie de circulation pour :

  • des trottoirs plus larges et leur mise à niveau avec la rue,
  • la plantation de quelques arbres et des pots à fleurs de plus,
  • des espaces dédiés pour la livraison et des zones de débarcadère,
  • une vitesse de 30 km / heure sur la rue,
  • la modulation des tarifs des parcomètres en fonction du moment de la journée.

À la vue de cette proposition, l’audience a relevé l’importance d’adapter les aménagements pour la gestion de l’eau pluviale. Les fortes pluies ruissellent rapidement vers la falaise et contribuent à l’éroder. L’impact est la perte de sol pour les végétaux se trouvant dans la côte.  L’absence de piste cyclable a été soulignée, mais le présentateur a spécifié que les cyclistes pouvaient suivre le trafic avec une vitesse réduite à 30 km/heure et à l’aide de l’angle de pente de la rue. Et puis la route se partage! Enfin, certains ont mentionné que les aménagistes auraient pu aller plus loin et proposer une piétonisation complète de la rue. Ce à quoi le présentateur s’est défendu en pointant le fait que l’aménagement faciliterait certainement la piétonisation plus courante de la rue.

Personnellement, je tiens à souligner l’excellent travail des étudiants de l’ESAD. Ils ont intégré les recommandations obtenues par leur sondage et ont mis en avant les plus-values de la rue. Ils nous ont offert un concept réaliste, qui répond aux besoins de tous, commerçants comme résidents. J’ai hâte que la nouvelle génération d’urbanistes et d’aménagistes prennent davantage de place dans la planification de nos rues.

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