Saint-Louis-de-Gonzague: pour une fois, les résidents sont consultés avant d’avoir des plans

Une soixantaine de citoyens ont participé ce jeudi 13 juillet à un (exceptionnel) exercice de consultation en amont pour un projet de développement immobilier, sur le site de l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague et du foyer Nazareth.

GM Développement (qui est notamment derrière le projet du Tandem dans Saint-Jean-Baptiste) était représenté par Jean Campeau et Geneviève Marcon. M. Campeau était déjà intervenu publiquement en mars dernier, lors de la consultation publique sur la modification du plan particulier d’urbanisme de la Colline parlementaire, pour parler de son projet. L’entreprise a besoin d’obtenir l’assentiment de la population avant de pouvoir développer quoi que ce soit sur ce terrain, dont le CIUSSS de la Capitale-Nationale est encore propriétaire et pour qui le critère de l’acceptabilité sociable semble non-négociable. Faisant état de la pression pour faire avancer le projet rapidement, cette soirée aura été l’occasion de recueillir les avis et commentaires, en présence d’Étienne Bernier, architecte principal chez Hatem+D, concepteur du projet. La population a bien apprécié cette démarche, et plusieurs ont fait part de leurs remarques sur ce projet qui est loin d’être défini dans les détails.

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Deux-cents unités de logement, et une tour de douze étages

Une grande partie du site devrait être réservée pour des espaces verts.

C’est l’« un des grands terrains qui restent dans le Vieux-Québec », a déclaré M. Campeau. En l’état actuel, le projet sort à peine de la planche à dessin, et aucun plan ou maquette n’a pu être présenté. Néanmoins, on a pu voir que le projet prévoit de garder les bâtiments existants, et d’y ajouter deux autres, dont une tour de douze étages donnant sur l’angle Richelieu / Des Glacis (là où se trouvent la majorité des arbres sur le terrain). Devant tenir compte des contraintes des fortifications (et donc de Parcs Canada), le projet prévoit de mettre en valeur le patrimoine bâti actuel et de garder 72% de la surface au sol pour des espaces verts, notamment en permettant un parc de 11000 pi² pour le public. Selon le promoteur, le projet vise à développer une offre résidentielle pour la clientèle vieillissante, les jeunes travailleurs, les étudiants et les jeunes familles, favoriser les résidents permanents et promouvoir le Vieux-Québec comme un milieu de vie de qualité. Les logements prévus vont du 3 ½ au 5½, en passant par des lofts et en réservant 20 logements pour du logement abordable, sans que l’on sache encore si cela passera par une coopérative ou un arrimage financier avec une fondation. Trois étages de stationnement souterrains seront creusés sous les deux nouveaux bâtiments construits, et incluront des cases Communauto.

Malgré les nombreuses autorisations à obtenir, à la fois du provincial, du fédéral, de la Ville, le promoteur croit pouvoir obtenir un permis d’ici l’été prochain. La nécessité de réaliser une étude patrimoniale et les fouilles sur ce terrain historique pourraient ralentir le projet.

Des suggestions citoyennes

Présente lors de la consultation, la conseillère municipale Anne Guérette a remercié les promoteurs pour l’initiative, tout en déplorant que la Ville ne prenne pas le leadership dans cette consultation. « On est devant un site exceptionnel, qui mérite un projet exceptionnel », a-t-elle déclaré, ajoutant que, depuis 2013, un groupe de citoyens travaille sur ce site et a dessiné un projet. L’essentiel pour la conseillère tient en quelques points : installation de résidents permanents, mixité sociale et intergénérationnelle, et caractère abordable des logements au cœur du Vieux-Québec.

La tour de douze étages et le Foyer Nazareth.

L’un des problèmes auxquels le projet sera confronté tient à la hauteur de la tour, impossible avec le zonage actuel du terrain. Le projet particulier d’urbanisme de la Colline parlementaire, dans lequel cette zone a été intégrée il y a peu, impose une limite de 16m de hauteur pour les bâtiments. De plus, le classement UNESCO du Vieux-Québec impose également que tout bâtiment doit affecter le moins possible la perspective depuis les remparts. Or la tour de douze étage dépassera les 30 mètres, en plus de favoriser les corridors de vents. Cette hauteur a été quasi-unanimement décriée par les résidents du Vieux-Québec qui se sont exprimés, et qui ont proposé des alternatives pour assurer la rentabilité du projet tout en respectant la trame urbaine et les impératifs de verdissement. Des toits verts permettraient ainsi d’atteindre le 72% souhaité.

Plusieurs citoyens sont revenus sur la question des logements abordables. Le projet prévoit 20 logements « abordables », sans pour autant être en mesure de chiffrer ce que le développeur entend par abordable. Il a néanmoins tenu à préciser que ces logements pourraient aller jusqu’au 5½, et que l’objectif est qu’ils soient inférieurs au prix du marché. Dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, le promoteur avait conditionné les logements abordables du Tandem à ce que le bâtiment soit de neuf étages. Suite au référendum organisé, la hauteur avait du être révisée, et les logements abordables avaient disparu. Les citoyens présents ont proposé plusieurs solutions

Selon Alain Samson, président du Conseil de quartier Vieux Québec – Cap Blanc – Colline parlementaire, « on veut que ce soit un projet collectif ». « Nos attentes sont relativement grandes mais possibles à être rencontrées », a-t-il ajouté, précisant que d’autres paliers pouvaient aider financièrement le projet pour qu’il intègre du logement abordable: le « logement abordable est le vaisseau amiral, pour les résidents du secteur, les travailleurs, il faut l’encourager ». Il a également précisé que le bâtiment de Saint-Louis-de-Gonzague dans lequel se trouve le gymnase (et où se tenait la consultation) n’avait pas d’intérêt patrimonial particulier. Le démolir au lieu de tout réaménager permettrait sans doute de faire des économies substantielles, financer ainsi du logement abordable et diminuer la hauteur de la tour. Des maisons de ville à deux étages pourraient également être ajoutées sur les toits des nouveaux bâtiments.

Par | 2017-07-18T10:42:39+00:00 14/07/2017|Catégories : Urbanisme et travaux|Mots-clés : , , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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