La chapelle du Bon-Pasteur: un trésor caché

Fermée depuis dix ans, la chapelle du Bon-Pasteur était exceptionnellement ouverte au public ce samedi 16 septembre. L’occasion de découvrir ce trésor caché, pour lequel un organisme tente de trouver une nouvelle vocation.

L’organisme sans but lucratif ReGénérations Bon-Pasteur (RGBP), en complicité avec le Comité intercoop du site Bon-Pasteur et la Société québécoise des infrastructures (SQI), est à l’initiative de cette ouverture. Construite entre 1866 et 1868 par l’architecte Charles Baillairgé, et désormais propriété du Gouvernement du Québec, la chapelle est classée immeuble patrimonial et reconnue lieu historique national du Canada depuis 1975. Lieu de culte pendant un siècle, puis centre de diffusion culturelle dès les années 1980 (elle a notamment abrité les Violons du Roy), elle n’était plus accessible au public depuis 2007.

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L’endroit abrite aujourd’hui un ensemble de coopératives d’habitation.

Atelier de peinture des Sœurs du Bon-Pasteur. Archives Bon-Pasteur

La chapelle a servi non seulement d’église conventuelle mais également d’église paroissiale pour le Faubourg Saint-Louis (et un peu pour le Faubourg Saint-Jean suite à l’incendie de 1881 qui a anéanti l’église Saint-Jean-Baptiste). Située au troisième étage et flanquée de galeries de chaque côté, sa facture classique, ses autels du 18ème siècle, ses lignes épurées et son orgue Casavant en font un bijou patrimonial, relativement bien préservé, et que l’on devine aisément pouvoir être recyclé en espace culturel. Le couvent du Bon-Pasteur a d’ailleurs abrité jusqu’en 1960 un atelier renommé  de peintures religieuses, qui a vu plus de 800 œuvres en sortir et expédiées partout en Amérique du nord; les 42 peintures de petit format de la chapelle (donc hormis celle au-dessus du maître-autel) ont d’ailleurs été produites par des religieuses. Ces œuvres avaient été conçues spécifiquement pour cette chapelle, raison pour laquelle, contrairement à 95% de l’ensemble des œuvres des religieuses, elles n’ont pas essaimé à travers la Ville, le Québec ou certains endroits des États-Unis.

Et maintenant?

Intérieur de la chapelle. Photographie droits réservés

L’ensemble, bien qu’encore en très bon état, a bien failli disparaître. Les sœurs ont été expropriées dans les années 1970, et, pour laisser la place à un futur palais de justice, les démolitions avaient débuté, avant d’être arrêtées en 1976 sous l’impulsion de Jean-Paul L’Allier, alors ministre de la culture et futur maire de Québec.

Si son double classement (provincial et fédéral) a permis de sauver de la démolition l’ensemble conventuel, ouvrant ainsi la porte à l’un des plus importants projets de recyclage de bâtiments anciens du Québec, son futur reste à définir. Des membres actuels et anciens de l’une ou l’autre des sept coopératives (qui regroupent 245 logements) s’activent depuis 2014 au sein de l’organisme RGBP, dans le but de relancer des projets de mise en valeur de ce milieu de vie en plein centre-ville de Québec.

Deux principes guident les actions de l’organisme: respecter le caractère patrimonial tout en en faisant un lieu de diffusion culturelle, et intégrer les nouvelles fonctions à la vie des coopératives, notamment en établissant des services de proximité. A cet effet, l’organisme rappelle notamment qu’une épicerie a existé au sous-sol de la Chapelle, et que les deux étages situés en-dessous peuvent également abriter des bureaux, qui peuvent servir à des projets d’économie solidaire.

Un ensemble de panneaux explicatifs à l’entrée de la chapelle permettait d’en savoir plus sur l’histoire des soeurs du Bon-Pasteur et de l’ensemble conventuel. Photographie droits réservés.

Première façade de la chapelle du Bon-Pasteur, entre 1878 et 1900. Archives Bon-Pasteur

Façade du Bon-Pasteur, telle qu’aménagée en 1909. Archives Bon-Pasteur

 

Par | 2017-09-21T13:20:24+00:00 16/09/2017|Catégories : Patrimoine|Mots-clés : , |2 Commentaires

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

2 Commentaires

  1. Louis Dumoulin 19 septembre 2017 à 16 h 18 min- Répondre

    Excellent article, mais incomplet puisqu’il n’y a aucune mention de la lutte “populaire” qui a mobilisé des citoyens, contemporaine à la lutte sur la rue Saint-Gabriel. Certes, les acteurs de ces luttes n’étaient pas motivés de la même manière, mais le résultat a été le même, i.e la conservation et le recyclage de deux ensembles architecturaux importants dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Marie Leclerc faisait partie des ouvriers de la première heure pour la préservation de ce qui est connu aujourd’hui comme le complexe du Bon-Pasteur.
    La démolition projetée de tout le quadrilatère devait amener la construction d’un autre ensemble administratif sur la Colline parlementaire, la Place de la justice, devant jumeler le Ministère de la justice avec un nouveau palais de justice.
    Enfin, il faudrait aussi mentionner que le Conseil de quartier de Saint-Jean-Baptiste appuie dans la mesure de ses moyens le travail de l’organisme RGBP.

    • Pascaline Lamare 19 septembre 2017 à 16 h 33 min- Répondre

      Merci pour ce commentaire :). Le but de l’article était de parler la visite et de la chapelle. L’histoire du Bon-Pasteur fera sans nul doute l’objet d’un (ou de plusieurs) article(s) sur le Bourdon un jour!

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