Hébergement touristique: la Ville de Québec se dote d’un nouveau comité

Lors d’une conférence de presse ce jeudi 21 septembre à l’Hôtel de Ville, Mmes Julie Lemieux (vice-présidente du comité exécutif, en charge notamment de l’aménagement du territoire) et Chantal Gilbert (membre du comité exécutif et élue du district Saint-Roch-Saint-Sauveur) ont annoncé, en compagnie de M. André Roy (directeur de l’Office du tourisme de Québec) la mise en place d’un groupe de travail sur le tourisme. Un comité dont certains membres avaient été réunis au préalable et assistaient à l’annonce.

Cette annonce intervient alors que le conseil de ville a voté lundi 18 une sorte de moratoire sur l’attribution des permis de tourisme rédigé en ces termes: “Toute nouvelle utilisation du sol ou toute demande de changement d’usage visant à exercer des usages du groupe C11, résidence de tourisme, tel que défini au Règlement d’harmonisation sur l’urbanisme, R.V.Q 1400, est prohibée sur le territoire de la Ville de Québec”.

Le Bourdon 600×100

Mme Lemieux estime que les plateformes de type Airbnb poussent la Ville à mener une réflexion, et qu’il ne s’agit pas d’interdire ce genre de locations touristiques, mais de “dresser un portrait” et examiner les grandes tendances au niveau mondial. Notons qu’un document Desjardins de janvier 2015 estimait le potentiel de Airbnb à 500.000 logements dans 34.000 villes, ce qui ne permettra évidemment pas de faire un tour du monde exhaustif. Mais par la mise en place de ce comité (et sa composition), la vice-présidente du comité exécutif estime que la Ville pourra parvenir “à une situation satisfaisante pour tout le monde”.

“Il est nécessaire de maintenir un équilibre entre l’offre touristique et le logement à Québec”, a renchéri Mme Gilbert, qui estime que la “ville exceptionnelle” qu’est Québec “continuera assurément à accueillir de nombreux visiteurs, mais pas au détriment des citoyens qui l’habitent toute l’année”. Notons sur ce point que la Table de concertation du Vieux-Québec (créée en juin 2012) s’était fixé pour objectif de faire augmenter la population résidentielle de 500 personnes, comme mentionné dans le rapport 2015 du Conseil de quartier Vieux-Québec-Cap blanc-colline Parlementaire.

Beaucoup plus d’AirBnB qu’on ne croit

Mme Gilbert a précisé que, depuis la mise en place de la nouvelle réglementation provinciale en avril 2016, 162 demandes de modification en résidence de tourisme avaient été examinées, uniquement sur l’arrondissement La Cité-Limoilou, et que 88 d’entre elles avaient été rejetées. Elle a ajouté qu’une quarantaine de constats d’infraction avaient été dressés “depuis 2013/2014”, et qu’environ 400 logements mis en location sur Internet (pour une durée inférieure à 30 jours) avaient été comptabilisés sur l’arrondissement. “Dans le Vieux-Québec, dans Saint-Roch, et un peu dans Saint-Jean-Baptiste”, a-t-elle ajouté.

Un chiffre très en deçà de la réalité: en mai 2017 (donc pas au plus fort de la saison touristique), 175 logements entiers étaient à louer à la journée dans le Vieux-Québec, 119 dans Saint-Sauveur, 107 dans Saint-Jean-Baptiste et autant dans Saint-Roch, soit un total proche de cinq cents dans quatre des quartiers de l’arrondissement.

Et encore ne s’agit-il là que des logements entiers et uniquement sur Airbnb, puisque ces chiffres ont été relevés sur le site insideairbnb.com qui n’examine que le principal portail internet spécialisé dans ce genre d’hébergement. Le même site annonçait ce jeudi 1.436 logements entiers sur le territoire de la Ville, soit 62% des 2.297 annonces valides, pour un prix moyen de 131$ la nuit. Des logements occupés de cette façon en moyenne 131 nuits par an, soit plus du tiers de l’année. Le site a également calculé que 38% des “hôtes Airbnb” mettent des annonces pour plusieurs logements, ce qui représente 550 logements pour des multi propriétaires qui, par conséquent, ne font pas dans la location pour arrondir les fins de mois ou parce qu’ils partent en vacances.

Aucune implication de comité de citoyens

Le président de ce “comité de travail sur l’hébergement touristique à Québec” est le président de l’Office du tourisme de la ville, André Roy. Pour lui, le comité devra remettre à la Ville “des recommandations” mais il n’a “pas de date d’échéancier fixée”. Les membres du comité sont au nombre de sept: quatre représentent l’industrie hôtelière (trois propriétaires d’hôtels et le directeur général d’un grand hôtel), une est coprésidente d’un gestionnaire immobilier, un est locateur Airbnb et le septième est le président du Conseil de quartier Vieux-Québec-Cap blanc-colline Parlementaire. Ce dernier, Alain Samson, a d’ailleurs indiqué au Bourdon du Faubourg qu’il allait rapidement se mettre en contact avec d’autres responsables de conseils de quartier, dont celui de Saint-Jean-Baptiste. Le comité pourra compter également sur l’aide technique de collaborateurs de la Ville de Québec, de son Office de tourisme, du ministère du Tourisme, ainsi que d’une consultante spécialisée en tourisme.

Interrogée par Le Bourdon sur l’absence dans le comité de partenaires particulièrement réticents au développement des locations touristiques de type Airbnb, comme le Comité populaire du Faubourg (sur Saint-Jean-Baptiste) ou le comité de citoyens (dans le Vieux-Québec), Julie Lemieux a esquivé par une pirouette en se référant à Alain Samson et en ajoutant que les organismes et les particulier “et même les journalistes” pourront présenter leur position lors de la période de consultation publique.

Mme Lemieux “espère” que la prochaine réglementation sera prête “pour la prochaine saison touristique”, et précise qu’il lui parait difficile d’envisager des consultations publiques avant les fêtes. De fait, le moratoire voté le 18 septembre devrait durer “plusieurs mois”.

À l’issue du point presse, Anne Guérette -l’actuelle conseillère du district Cap-aux-Diamants (qui regroupe le Vieux-Québec, Montcalm, et Saint-Jean-Baptiste)- a rappelé que le projet de loi 122 permet d’adapter la fiscalité locale. À ses yeux, c’est l’une des voies à explorer afin de taxer différemment les locations sur internet par rapport aux hôteliers, dont les frais fixes sont déjà importants. Elle a par ailleurs estimé qu’il était plus facile de “négocier directement avec les plateformes” de type Airbnb qu’avec des propriétaires, par nature plus nombreux et changeants.

Mme Guérette, qui par ailleurs Brigue cette année le poste présentement occupé par Régis Labeaume, estime qu’il s’agit là d’une “annonce électoraliste” alors qu’existent déjà un comité (depuis 2009) et la table de concertation (depuis 2012). La période de dépôt des candidatures débute ce vendredi 22 septembre.

Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, qui a réagi dans l’après-midi dans un communiqué, organise conjointement avec le BAIL-Québec le 2 octobre une soirée à la Librairie Saint-Jean-Baptiste pour parler des enjeux relatifs à l’hébergement illégal.

Par | 2017-10-03T15:41:03+00:00 21/09/2017|Catégories : Art de vivre et consommation|Mots-clés : , , , , |2 Commentaires

À propos de l'auteur :

Fabien Abitbol
Journaliste depuis 1984, j'ai travaillé pour divers journaux français (régionaux ou nationaux) dont France Antilles, Le Courrier de l'Ouest, La République du Centre, L'Express, Le Monde, ou L'Humanité, ainsi que dans des médias spécialisés (essentiellement dans les secteurs santé-social et éducation). Blogueur depuis 2006, administrateur de la coopérative de journalistes Ensemble, collaborateur régulier de l'InfoBourg, je suis également administrateur du Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste depuis 2014, et résident du quartier depuis 2012.

2 Commentaires

  1. […] un peu de visibilité en période électorale. Et si le 21 septembre la Ville avait annoncé la création d’un nouveau comité pour réfléchir à des pistes d’action, la composition même de ce comité n’était […]

  2. […] une prohibition temporaire totale relative à la délivrance des permis d’hébergement et une commission a été nommée le 21 septembre pour réfléchir à une modification de […]

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