Le piano installé durant l’été devant la brûlerie Cantook devrait disparaître sous peu de la rue Saint-Jean. Alors qu’il attirait des joueurs tant amateurs que de bon niveau, des clients amateurs de café, et des passants qui ralentissaient, il était ces derniers jours de plus en plus souvent bâché, inaccessible, suite à une plainte pour nuisances…

À la mi-septembre, Véronique Alain n’en croit pas ses yeux. Alors qu’elle arrive pour se poser quelques temps à la brûlerie, cette résidente du secteur de La Chevrotière remarque que le piano est revêtu de sa bâche bleue. Elle demande à la brûlerie pourquoi la housse est encore en place, et on lui explique que, suite à une plainte, le piano n’est plus aussi facilement accessible qu’au cours de l’été.

Ayant repris des études depuis un an à l’Université Laval, Mme Alain avait pris pour habitude de venir régulièrement lire à la brûlerie. Et cet été cette quadragénaire amatrice de musique (et particulièrement de piano) restait au Cantook souvent deux ou trois heures de rang, précisément grâce au piano. D’autres riverains ont manifesté auprès de la brûlerie leur mécontentement devant cette absence d’animation, mais elle a choisi un moyen plus original: une sorte de “contre-plainte” auprès de la Ville et un courrier à l’arrondissement.

Au fil de la saison, le piano a été décoré.

De la plainte à la Ville, aucune réponse, déplore-t-elle dix jours après l’avoir faite. Le courrier à l’arrondissement, lui, est parvenu au Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste qui l’a mis à l’ordre du jour de sa prochaine rencontre publique, le 3 octobre. Elle y exprime son mécontentement envers un “citoyen de toute évidence pas très commode” et s’étonne qu’on accorde plus de poids à “une plainte négative” dont les conséquences sont de “nous priver de ce bel instrument mis à la disposition des citoyens talentueux” qu’à “des centaines de personnes” qui “ne prennent pas nécessairement le temps” de faire “un commentaire favorable”.

Les cordes de la discorde

Auprès du Bourdon, Mme Alain s’interroge: “Quels sont les critères pour qu’une plainte entraîne une décision?”, se demande-t-elle. D’autant que, dans une vie antérieure, elle a tenu un bar à Saumur, une ville des bords de Loire réputée autant pour ses vignobles que pour son école de cavalerie, et possède donc une expérience dans le domaine de l’animation.

Une fresque a été réalisée au dos de l’instrument durant La Fête du Faubourg.

Quoi qu’il en soit, les horaires d’accessibilité du piano ont été réduits dès la plainte parvenue. De dix heures par jour (du matin 10h au soir 20h), les gens ne pouvaient jouer que six heures par jour (de midi à 18h). Puis une autre plainte (dont le Bourdon ignore aussi l’auteur) est parvenue à la SDC Quartier Saint-Jean-Baptiste, initiatrice de l’animation. Et là, l’accès au piano ne fut possible qu’en fin de semaine, du vendredi au dimanche. Mais la convention d’occupation arrivant à expiration le 30 septembre, le piano ne sera donc accessible cette semaine que le vendredi 29 et le samedi 30, en parallèle des Journées de la Culture.

La SDC compte faire un bilan de l’opération dans les prochaines semaines. Mais le piano, qu’on se rassure, ne quittera pas le quartier: lundi 2 octobre, il sera entreposé dans le logement d’une riveraine, qui a accepté de le garder pour l’hiver. La SDC espère bien pouvoir renouveler l’opération dans le Faubourg l’été prochain, et qu’il ne s’agit là que d’une garde partagée…

Bien que ne jouant pas au piano, Mme Alain a pu y toucher à l’issue de notre entrevue.