Le Airbnb Bus Tour s’arrête dans le Faubourg

Le temps était fort clément mercredi 25 octobre lorsque, à 10h30, le BAIL-Québec et le ComPop attendaient devant l’Hôtel de Ville de Québec, tels des organisateurs du Club Med, les invités et les médias.

L’esprit semblait aux vacances, mais les deux organismes de défense des droits étaient là pour parler de choses sérieuses, en l’occurrence de l’ampleur de l’hôtellerie illégale dans Québec et principalement dans les quartiers centraux.

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Le lieu de rassemblement tout comme la date avaient été choisis depuis longtemps, afin d’obtenir un peu de visibilité en période électorale. Et si le 21 septembre la Ville avait annoncé la création d’un nouveau comité pour réfléchir à des pistes d’action, la composition même de ce comité n’était pas du goût des organisateurs. Marie-Ève Duchesne, permanente du Comité populaire, ne manqua pas de faire remarquer que la composition de ce comité était a priori favorable aux locations de type Airbnb, ce comité étant composé essentiellement de personnes ayant des intérêts dans l’industrie hôtelière, et comprenant même un locateur Airbnb. Seul le Conseil de quartier Vieux-Québec Cap-Blanc colline Parlementaire, en effet, est membre du comité instauré en septembre, par l’intermédiaire de son président Alain Samson. Mais de comités de citoyens ou d’organismes communautaires des autres quartiers centraux, pas de trace. “On n’entend pas la voix des résidents“, a regretté Mme Duchesne, qui a calculé que seuls 7% des propriétaires de logements mis sur Airbnb ont fait la démarche de tenter une régularisation depuis la mise en place de la loi provinciale.

Une banderole et des valises ornait le pied de l’escalier de l’édifice. Photo Fabien Abitbol

Tandis qu’une bonne vingtaine de personnes inquiètes de la percée de Airbnb entonnaient des slogans et des chants (que l’on peut retrouver ici), Mme Duchesne faisait le point sur la situation. Elle expliquait en préambule que la plupart des données étaient extraites de AirDNA (qui analyse la croissance et l’activité de Airbnb) et de insideAirbnb (qui fournit des données indépendantes dans certaines villes, dont Québec). Ainsi, selon la permanente du ComPop, 83% des logements entiers proposés dans les quartiers centraux ont été loués plus de trente jours l’année écoulée, 58% des logements entiers dépassant les 75 jours de location. La moyenne dans les quartiers centraux est de 159 nuitées d’occupation, pour un revenu annuel de 23.021$.

C’est sans conteste le Vieux-Québec qui est le plus rentable, avec 151 nuitées en moyenne mais qui rapportent 29.785$, et Saint-Sauveur qui financièrement ferme la marche, avec tout de même 14.990$ de revenus pour 155 nuitées occupées. Dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, plus de 65% des logements Airbnb dépassent les 75 jours de location. Pour une occupation de 153 jours en moyenne, ces logements rapportent 21.700$ à leurs propriétaires.

Sur les 2.203 annonces valides en septembre 2017 à Québec (uniquement affichés sur Airbnb), 1.385 concernent des logements entiers. Parmi eux, 822 se trouvaient dans les quartiers centraux, ce qui, selon les calculs des organisateurs du Airbnb Bus Tour représenterait 2,5% du parc immobilier de ces quartiers. Pour Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au BAIL, “les locataires font actuellement les frais de la popularité croissante de la plateforme Airbnb et de la rapacité de certains propriétaires attirés par le profit rapide et facile“.

Comme des touristes mais dans un bus jaune. Photo Fabien Abitbol

À l’issue de cette période devant l’Hôtel de Ville, celles et ceux qui le souhaitaient pouvaient prendre part au Airbnb Bus Tour: un autocar jaune (de grand format, s’il vous plaît!) attendait les curieux devant l’édifice municipal. Première étape, le Grand Théâtre. Non pas qu’il soit loué à la journée à des touristes, mais pour descendre à pied jusque sur la rue Saint-Jean, là où se trouvait le café associatif L’AnarChic.

Cette première étape était pour expliquer que la bâtisse en question abrite plusieurs logements entiers, disponibles sur Airbnb, dont la description sur le site de location est particulièrement attirante. C’est devant ce bâtiment que René Généreux, résident du quartier, raconta ses mésaventures avec l’un de ses voisins locateur Airbnb.

En basse-ville, GM Développement s’apprête à vendre deux étages d’un futur édifice exclusivement pour des locations touristiques.
Photo Fabien Abitbol

Puis le groupe de faux touristes est reparti à pied récupérer l’autocar sur René-Lévesque. Le militantisme et/ou l’envie d’en apprendre davantage, ça nécessite tout de même quelques efforts! De là, direction Charest, angle Langelier: l’emplacement de l’ancienne station-service doit accueillir un édifice dont deux étages seront destinés aux investisseurs cherchant la rentabilité. En clair, deux étages de location hôtelière sont prévus au Cobalt par GM Développement.

Pour le BAIL et le ComPop, “la Ville doit agir dans les plus brefs délais afin de protéger les locataires et les citoyennes et citoyens des quartiers“. Les organisateurs du Airbnb Bus Tour trouvent “anormal que la Ville n’ait distribué que quelques dizaines de constats d’infraction durant les trois dernières années, alors qu’il est évident que des centaines d’hôtes d’Airbnb font de l’activité commerciale illégale“. Il est donc nécessaire de “faire respecter le zonage” en se dotant des “outils nécessaires” ainsi que “d’une réglementation visant à restreindre radicalement l’offre Airbnb sur son territoire“.

Il ne s’agit pas de la première action conjointe des deux organismes de défense des droits, qui tous deux viennent de célébrer leurs quarante ans, pour expliquer ou combattre le phénomène Airbnb. Tous deux ont organisé le 2 octobre une conférence de l’Université populaire sur le thème, dont vous pouvez lire l’essentiel dans L’InfoBourg qui vient d’être mis en circulation, ou en cliquant ici.

Par | 2017-10-29T20:47:49+00:00 25/10/2017|Catégories : Art de vivre et consommation|Mots-clés : , , |1 Comment

À propos de l'auteur :

Fabien Abitbol
Journaliste depuis 1984, j'ai travaillé pour divers journaux dont France Antilles, Le Courrier de l'Ouest, La République du Centre, L'Express, Le Monde, ou L'Humanité. Blogueur chevronné depuis 2006, administrateur de la coopérative de journalistes Ensemble, collaborateur régulier de l'InfoBourg, je suis également administrateur du Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste depuis 2014, et résident du quartier depuis 2012.

Un commentaire

  1. Pierre-Claude Poulin 25 octobre 2017 à 20 h 48 min- Répondre

    Il y a de ces immenses appartements ancestraux, construits pour héberger les familles québécoises d’antan et dont le coût, les charges d’entretiens excèdent la valeur locative du marché. Ces immenses appartements ancestraux, nécessitant d’énormes travaux ne trouvent preneurs. Ils font croître le taux d’inoccupation des logements dans le Faubourg et dans le Vieux Québec. Fréquemment ces appartements inoccupés se trouvent au dessus des commerces des artères commerciales. Ces immeubles ne comptent que 2 ou 3 appartements pour la majorité et la perte de revenus d’un seul logement génère un manque à gagner de 33 % annuellement, rendant précaire la situation économique du propriétaire et la détérioration de l’immeuble. Uniquement dans le Faubourg le taux d’inoccupation des logements à triplé depuis 2014, soit 300 logements demeurent vacants et le nombre d’appartements dans le Faubourg et le Vieux Québec nécessitant des travaux majeurs est de 525 unités. La clientèle de type `locataire`délaisse ces appartements d’ou l’intérêt pour le propriétaire d’opter pour une location court séjour avec revenus, permettant les investissements nécessaires à l’entretient de l’immeuble.

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