Cassandre Bernier : l’art de s’exprimer sur les toiles et les murs

Les jolies murales de la Quincaillerie St-Jean-Baptiste révèlent son talent. Grande voyageuse séduite par la culture autochtone, Cassandre Bernier enseigne sa passion des arts auprès de jeunes.

La peintre muraliste se confie au Bourdon à la veille de sa prochaine exposition.

Le Bourdon 600×100

D’où vient ton intérêt pour l’enseignement et la pratique des arts ? 

Photographie Cassandre Bernier

 J’étais « la p’tite fille qui gagnait des concours de dessins» à l’école de mon village, Saint-Édouard de Lotbinière. Au secondaire, à Sainte-Croix, de bons professeurs en arts m’ont poussé à me dépasser en me donnant le goût de faire comme eux. J’ai fais un retour aux études et au domaine des arts après un arrêt de dix ans en entreprenant un baccalauréat à l’Université Laval en enseignement des arts plastiques.

J’ai un grand besoin de m’exprimer, et comme une image vaut mille mots, non seulement par la peinture, mais aussi en pratiquant par exemple la sculpture sur pierre, la soudure, la performance et la photographie argentique.

Où puises-tu ton inspiration, Cassandre ?

L’art brut, ou naïf, m’a toujours fasciné. Mes œuvres sont souvent teintées de critique sociale avec une vision féministe. Ce que vivent les femmes autochtones me touche en particulier: en 2012, au Tam-Tam Café du Centre Jacques-Cartier (CJC), j’ai ainsi participé à une exposition collective où j’ai vendu ma première toile rendant hommage à leur culture. C’est là que j’ai commencé, je pense, à me faire connaître comme artiste. Mais pour l’instant, mon rôle de parent et d’enseignante m’accaparent davantage.

À l’école secondaire De Rochebelle, on retrouve des élèves de 63 nationalités, dont des Syriens qui ne maîtrisent pas encore le français. Plusieurs ont eu la vie dure ; la plupart n’avaient jamais pris un pinceau ! Dans ma classe, je vois que ça leur fait vraiment du bien, de s’exprimer par l’art. C’est ce sentiment d’épanouissement par l’art que j’ai envie de partager, de semer.

Quelles sont tes premières murales ?

Photographie Jean Cazes

En tant que participante, ma toute première en 2012 a été celle du CJC. Le Projet murale visait à réinsérer des jeunes dans un milieu de travail. J’ai moi-même quitté mon emploi d’alors, conseillère de produits de santé naturels, pour prêter main forte aux dix autres participants. Nous avons ainsi créé à Limoilou la murale du café de L’Évasion St-Pie X et une autre au Centre communautaire Jean-Guy Drolet.

À l’été 2015, j’ai également travaillé sur celle du HLM Boisseau dans le quartier Saint-Sauveur, cette fois avec l’artiste Carl Lampron. Cela dit, j’ai aussi réalisé des murales intérieures pour des privés, des centres de personnes âgées et l’école primaire Saint-Jean-Baptiste que fréquentait mon fils, avec l’aide des enfants : j’ai adoré ça !

Comment se sont élaborées les deux murales de la quincaillerie ?

Détail de la murale. Photographie Jean Cazes

Le propriétaire, Michel Perron, avait d’abord proposé à l’école Saint-Jean-Baptiste la participation de jeunes pour refaire sa murale toute taguée réalisée par d’autres élèves huit ans plus tôt à l’arrière, sur la rue Richelieu. Comme on venait d’achever la murale de Saint-Sauveur,  j’ai accepté de superviser le projet à l’automne. Le thème général était l’histoire du quartier. J’ai donc dirigé un groupe de jeunes qui ont réalisé les croquis jusqu’à la finition de la murale avec des éléments qui les touchaient : hockey, tramway, etc.

Michel m’a invitée à poursuivre l’œuvre l’été suivant sur ses portes de garage du côté de la rue Sutherland. Cinq photos tirées des archives du commerce ont finalement servi pour ma première murale extérieure en tant qu’artiste solo. Ce projet en était davantage un de prouesse technique que créative, mais j’en ai retiré beaucoup d’expérience. Et surtout, le plus important, c’est que les habitants du quartier semblent très contents de voir cette réunion « histoire-art » réussie sans que ça soit trop « flyée » !

Parle-nous enfin de ton exposition La Ration des Bêtes

Œuvre de Cassandre Bernier, que l’on retrouve dans l’exposition La Ration des Bêtes.

Du 2 au 30 novembre, j’expose huit acryliques au Tam-Tam Café. Sur le thème de l’animalité, mes toiles narratives illustrent des personnages ayant des traits de personnalité en lien avec celle d’un animal. Comme mon art s’apparente à celui de la culture autochtone dans le sens de sa spiritualité, de ses traditions et de son grand respect pour tout ce qui vit, ça parait dans l’exposition. Ce sont des œuvres très personnelles qui vont, je crois, interpeller les visiteurs… en bien ou en mal !

Comme le CJC m’a beaucoup aidé à reprendre le chemin des arts publics, La Ration des Bêtes est un peu ma façon de les remercier, de leur donner de la visibilité et de boucler la boucle en exposant au Tam-Tam Café. J’ai très hâte de voir la réaction du public !

Cassandre Bernier sur Facebook
Le vernissage se tient jeudi 2 novembre au Tam-Tam Café, à partir de 18h

Par | 2017-11-06T10:39:59+00:00 01/11/2017|Catégories : Art de vivre et consommation|Mots-clés : , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Jean Cazes
Géographe et archiviste, j’ai pris racine dans les quartiers centraux en 1989. Journaliste à la pige depuis lors, j’ai notamment travaillé pour Franc-Vert, Forêt Conservation et Géo Plein Air. Recherchiste à TéléMag (« Dossier actualité ») puis coréalisateur/coanimateur d’une émission estivale à CKRL 89,1, j’ai aussi collaboré en 2001 à la relance du journal de rue La Quête à titre de rédacteur en chef. En 2009, j’ai quitté le blogue Québec Urbain afin de développer le volet « média hyperlocal » de Monlimoilou.com où j’assume depuis les fonctions de journaliste, chroniqueur et photographe. Portraits de commerçants, événements culturels, urbanisme et « capsules d’histoire » sont quelques sujets que je couvre aussi à l’occasion pour Le Bourdon.

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