Sous les pavés, la révolution

Près de 80 citoyens se sont déplacés mardi 27 mars au centre communautaire Édouard-Lavergne. Une séance houleuse et parsemée d’éclats de voix, où les résidents de l’Îlot des Tanneurs ont fait part de leur mécontentement par rapport à la piste cyclable qui doit passer sur la Côte Badelard.

L’objectif annoncé par la Ville était avant tout d’écouter les commentaires, et de pouvoir bonifier un projet qui est assez avancé, dans un secteur où les alternatives sont relativement réduites. La Côte a été priorisée par Vélo Québec pour développer le lien cyclable haute-ville/basse-ville, et s’insère dans un ensemble d’aménagements visant à favoriser les transports actifs, arrimé au transport en commun. L’idée est de promouvoir un réseau pour le 98% de la population qui ne sent pas encore assez en sécurité pour se déplacer en vélo de manière quotidienne. Le conseiller municipal Pierre-Luc Lachance (EL) a souligné le “caractère typique de la côte, apprécié des citoyens” et a souligné qu’il s’agissait de savoir “comment servir l’intérêt général des gens”, en faisant croître la part modale du vélo, voire, à terme, de rendre possible la possibilité de rouler 365 jours par an.

Bien que les aménagements proposés concernent les rues Arago et Christophe-Colomb, l’essentiel des débats s’est fait autour de l’asphaltage de la Côte Badelard, à laquelle les citoyens se sont montrés émotionnellement très attachés. Et si d’habitude, ce genre de séances suscite le mécontentement des automobilistes ou de ceux à qui l’on retire des cases de stationnement, la grogne et la déception se sont cristallisées autour des pavés de la Côte et du manque de communication de la Ville en amont de la séance. Les citoyens auraient aimé avoir le temps de prendre connaissance du projet pour pouvoir préparer plus longuement leurs interventions ou d’éventuelles propositions.

Une circulation récente

Ainsi que nous l’avions montré dans un article sur son histoire, la circulation routière sur la Côte Badelard date de la fin du 19ème siècle. Ses pavés ont été installés une première fois dans les années 1940, puis asphaltés, et remis au tournant des années 2000 lorsque l’espace est devenu un parc urbain. Aujourd’hui, elle est pavée sur sa plus grande partie, et une bande bétonnée sur l’extérieur permet aux cyclistes d’utiliser le passage.

La proposition de retirer les pavés pour prévoir un aménagement permettant à environ 1000 cyclistes par jour de l’utiliser a suscité une forte grogne de la part des résidents de l’Îlot des Tanneurs, qui ne comprennent pas pourquoi l’aménagement actuel ne conviendrait pas à une forte augmentation de l’achalandage. “Vivons avec ce qu’il y a là et on changera quand ce sera nécessaire”, a ainsi résumé un citoyen. 

Première citoyenne à prendre la parole, Marie-Christine Morin, résidente de l’Îlot des Tanneurs, a rappelé que “peu à peu les citoyens se sont réapproprié le lieu”, où “la grande corvée printanière est devenue une fête incontournable du quartier”. Elle a dénoncé les aménagements prévus, pour des raisons notamment d’esthétisme, de respect de l’aspect historique et du statut de parc de l’endroit. Elle a également posé la question des coûts, du réchauffement urbain, de l’écoulement des eaux, et enfin de la sécurité des piétons et cyclistes qui l’empruntent. Un autre citoyen a pour sa part souligné ne jamais avoir “eu le moindre problème en vélo dans la côte”, même si “bon, effectivement, on prend le trottoir pour monter” et que “c’est en descendant que c’est dangereux”. D’autres citoyens ont fait part de leurs réticences par rapport à l’arrivée de “jeunes avec leur skate” dans la Côte.

Pierre-Luc Lachance a souligné que le pavé est dangereux pour les cyclistes. “On doit faire des choix, déchirants j’en conviens, mais la Ville se doit de considérer la sécurité lorsqu’elle fait un aménagement pour le bien des citoyens”,  a-t-il résumé.

Yan Turgeon, vice-président de la Table vélo des conseils de quartier, a pour sa part salué la Ville “pour son audace, et les gens de l’Îlot des Tanneurs qui s’impliquent dans la prise en charge de leur milieu”. “C’est unique, il faut trouver des façons de préserver cela, tout en poursuivant notre entrée dans le 21ème siècle” grâce aux aménagements. Soulignant le fait qu’augmenter le volume de cyclistes entraîne un nombre croissant conflits, il a souhaité “inviter la Ville à réfléchir sur des façons de faire en sorte que les aménagements soient bénéfiques à tout le monde”, par exemple en recentrant la circulation des cyclistes sur la côte et en pavant les côtés externes. Une démarche de compromis qui a su trouver quelques échos favorables parmi les citoyens présents, déplorant l’ambiance de conflit se dégageant de l’assemblée.

Pour ce qui est de la piste cyclable aménagée sur les rues Arago et Christophe-Colomb, les citoyens ont salué l’initiative, tout en déplorant les risques d’emportiérage associés au fait que la bande soit tracée sur la partie droite de la chaussée, le long des stationnements. La question du lien avec la rue du Pont ou d’un éventuel prolongement vers l’ascenseur du Faubourg a également été soulevée, mais ceci ne semble pas actuellement dans les cartons de la Ville.

Par | 2018-04-25T09:42:32+00:00 27/03/2018|Catégories : Aménagement du territoire, Mobilité durable, Urbanisme et travaux|Mots-clés : |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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