G7 à Québec: des questions restent sans réponse

Jeudi 16 mai, à trois semaines à peine de la tenue du sixième Sommet du G7 sous présidence canadienne, se tenait au Château Laurier une assemblée citoyenne. Outre les organisateurs, les médias, et les agents de police qui surveillaient les allées et venues, la quasi-totalité des quelque 350 sièges disposés à la salle Des Plaines était occupée. L’événement n’ayant été affiné et confirmé que la veille, c’est dire si l’attente était importante…

Résidents et commerçants -principalement de Saint-Jean-Baptiste et du Vieux Québec- mais aussi des élus (Mme Agnès Maltais, députée de Taschereau et M. Jean Rousseau, conseiller municipal) ainsi que des personnes s’identifiant comme ayant la volonté de manifester contre le G7 étaient venus écouter les présentations diverses et poser des questions. La soirée commença par une présentation en images commentées de Affaires Mondiales Canada, expliquant les événements passés ou prévus de l’année de présidence du G7, avant que la France, en 2019, ne prenne le relais. Ce fut ensuite le tour des représentants de divers corps de police de présenter succinctement le rôle de chacun.

Le tout dura moins d’une demi-heure, avant les questions du public, qui pour leur part, allaient être interrompues au bout de deux heures (vers 21h30). Ce qui a pu en ressortir est à première vue clair, mais avec tout de même des zones d’ombre dans les réponses. Toutefois, ce qui a été dit ce 16 mai au soir est susceptible d’évoluer dans les jours qui viennent, ainsi que durant la période du Sommet, en fonction des événements et manifestations, déclarés ou non.

Pas de périmètre de sécurité

Premier point: tous les secteurs de la Ville seront accessibles les 8 et 9 juin, car il n’est pas prévu d’établir un périmètre de sécurité. Il s’agit pour le GIS (Groupement intégré de sécurité) de «faire respecter la loi» mais aussi le droit fondamental de manifester «de façon convenable». Il n’y aura pas de clôture de sécurité car le Sommet en lui-même ne sera pas à Québec. Mais un commerçant de Grande-Allée expliqua au Bourdon qu’un policier l’avait prévenu de fort risque de barrage de police sur l’axe où il travaille.

Rares seront les représentants des médias qui pourront se rendre à La Malbaie. Deux mille journalistes du monde entier seront au Centre international des médias, c’est-à-dire au Centre de congrès de Québec. Comme le disait un policier, il sera plus logique de manifester là où se trouvera la majorité des journalistes. Or les organisateurs de l’événement voient dans ces quelques journées l’occasion de faire rayonner Québec dans le monde.

Un résident d’une copropriété de 250 logements étant surpris qu’aucun moyen de prévention n’ait été mis en place (ou tout du moins annoncé), il lui fut répondu que chacun était responsable de son propre terrain. En clair, il ne faut pas laisser traîner dehors tout ce qui pourrait servir de projectile. En ce sens, par la suite, divers commerçants allaient demander ce qu’ils devaient faire de leurs tables et chaises, puisque l’on peut considérer cela comme des projectiles… Mais là, cela se gâte, car la représentante du Bureau de gestion des sommets a expliqué qu’aucun ordre de fermeture n’était donné: donc chacun fait comme bon lui semble mais si un commerçant ferme sans qu’on le lui demande il ne sera pas indemnisé alors que si on lui demande de fermer il sera indemnisé en fonction des années précédentes à même date.

À de nombreuses reprises, il a été conseillé de s’informer régulièrement auprès des réseaux sociaux

Cette réponse peut sembler logique mais ne peut pas s’appliquer par exemple à la propriétaire d’un restaurant ouvert à l’automne 2017 sur René-Lévesque, et est difficile à appliquer pour un cabinet médical de la rue Saint-Louis dont les patients appellent afin de reporter un rendez-vous pris de longue date.

Agnès Maltais, députée de Taschereau, rappela les événements de 2001, ayant entouré le Sommet des Amériques, et se dit inquiète des attentes pour les compensations ou indemnisations. Mais, en cas de vandalisme (sur un commerce ou une propriété), le Fédéral dit qu’il faut se tourner vers les assurances. Ce à quoi un résident faisait remarquer que les assurances sont de plus en plus restrictives…

En 2001, «ce n’était pas les citoyens» qui mettaient le trouble, mais «les attaques de la police», fit remarquer une citoyenne qui, en fait, était surprise que l’on annonce tant de déploiement de sécurité, ce qui pourrait faire monter la tension. Plus tard, un commerçant allait dans le même sens, car selon lui en août 2017, la manifestation de 200 membres de La Meute «c’était déjà beaucoup», alors que faire lorsque l’on risque d’avoir des milliers de manifestants? Un autre commerçant, pour qui «on va tous dormir dans nos commerces», demandait pourquoi les autorités ne demandaient pas de fermer. Plusieurs intervenants ont demandé aux divers responsables s’ils iraient, eux, manger au restaurant ces jours-là, ou s’ils promèneraient leurs enfants sur Grande-Allée.

À propos d’enfants, la responsable du CPE Coopérative Saint-Jean-Baptiste (entre le Parc Scott et la rue Des Zouaves) se demandait que faire des enfants de cinq ans et moins. Elle précisa que ce CPE n’est pas privé et qu’elle n’a pas les moyens financiers de le fermer préventivement à ses frais. Et indiqua aussi que l’établissement était ouvert depuis 7h le matin jusqu’à 6h le soir. «Je ne sais pas», répondit doucement le représentant du SPVQ. «Moi, je suis inquiète pour mes cocos!», reprit la responsable du CPE. «On se croisera au IGA peut-être et je vous donnerai des conseils», esquiva le responsable du SPVQ… Phrase qui ne tomba pas dans les oubliettes, puisque quelques interventions plus tard, une commerçante acheva sa question par un «j’aimerais bien savoir à quel IGA vous allez», qui n’obtint comme réponse que quelques rires.

Un résident de Saint-Jean-Baptiste posa pour sa part une question pratique: en terme de stationnement, peut-on se mettre aux abords du Grand-Théâtre? Prudente, la réponse fut «Mieux vaut déplacer votre véhicule»… Le même résident demanda si les diverses manifestations annoncées ici ou là relevaient d’une «amplification des médias»: silence gêné puis rires dans l’assistance. Le résident se fit plus insistant, disant que des affiches annoncent des manifestations. Abondant dans son sens, une restauratrice du Vieux-Québec se dit inquiète. «Je n’ai qu’une manifestation déclarée», répondit le représentant du SPVQ, qui ajouta «j’en profite pour dire ici s’il y en a qui ont l’intention [de manifester], qu’ils se déclarent». Un commentaire étonnant dans la mesure où une agente aux communications du SPVQ semblait indiquer l’inverse, la veille, au journaliste du Soleil qui suit depuis plusieurs mois de près ce qui pourrait se passer à Québec.

Peu avant la clôture des questions, une proposition était faite d’organiser une autre rencontre sur les enjeux de sécurité, mais uniquement pour les commerçants.

De nombreux citoyens «sont repartis avec plus de questions que de réponses», comme l’a écrit la journaliste du Journal de Québec, également sur place.

Par | 2018-05-24T23:45:59+00:00 17/05/2018|Catégories : Démocratie locale et citoyenneté|1 Comment

À propos de l'auteur :

Fabien Abitbol
Journaliste depuis 1984, j'ai travaillé pour divers journaux français (régionaux ou nationaux) dont France Antilles, Le Courrier de l'Ouest, La République du Centre, L'Express, Le Monde, ou L'Humanité, ainsi que dans des médias spécialisés (essentiellement dans les secteurs santé-social et éducation). Blogueur depuis 2006, administrateur de la coopérative de journalistes Ensemble, collaborateur régulier de l'InfoBourg, je suis également administrateur du Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste depuis 2014, et résident du quartier depuis 2012.

Un commentaire

  1. […] et plusieurs habitués du bar sont natifs de juin. De bonnes occasions pour s’éloigner des risques de troubles engendrés par le Sommet du G7, sans pour autant sortir du […]

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