La nuit des taupes: plongée dans un univers pas si différent

Présentée au Grand Théâtre dans le cadre du Carrefour international de Théâtre, La Nuit des taupes est une performance qui sort des sentiers battus, et plonge le spectateur au cœur d’un conte fantastique, d’un univers souterrain que sept taupes, animal pourtant réputé solitaire, animent et déshabillent… en musique.

Elle sont sept, et ont creusé assez pour arriver sur la scène du Grand Théâtre. Arrivées là, elles décident de mener leur vie. Tableau vivant sans mot, opéra-rock aux sons des guitares, de la batterie et du (trop rarement entendu de nos jours) thérémine, l’oeuvre emporte le spectateur quelque part entre le mythe de la caverne de Platon et celui de Sisyphe qui roule sans fin son rocher; les taupes creusent, détruisent, poussent, transforment leur environnement, grommellent, échangent, vivent deuil et naissance dans une course folle, rythmée par la musique rock et saturée qu’elles jouent en même temps. Oui, sachez-le, ces animaux presque aveugles ont une motricité finalement assez fine pour jouer des airs délicats ou moins délicats. Car nous sommes au théâtre, et c’est un peu le seul endroit où cela peut arriver, et où l’être humain peut voir dans cet animal trop souvent considéré comme nuisible, son propre reflet.

Un véritable défi physique pour les acteurs, qui passent près d’1h30 à occuper intensément l’espace, dans un costume dans lequel la chaleur est insupportable, et qui les empêche de bien voir l’espace. Un peu comme de vraies taupes en quelque sorte, au milieu d’un fascinant et luxuriant décor… de carton-pâte, de mousse et de plastique, qui donne à ce monde du-dessous un relief impressionnant, habilement servi par des éclairages particulièrement riches. La scène évolue constamment, et le décor, baroque dans ses fausses perspectives et son faux ciel, est réinventé au gré de la vie des taupes, des rochers qu’elles charrient, des stalagmites qu’elles déplacent, des vers qu’elles mangent…

Les taupes me permettent de me débarrasser de toute psychologie”. [Elles] “sont un prétexte pour que l’on se concentre sur l’organique du mouvement, des sonorités, pour revenir à un théâtre plus primitif” raconte Philippe Quesne. Avec quelques borborygmes, les taupes nous racontent ce que l’on veut voir ou entendre… Welcome to Caveland peut-on lire au-dessus des taupes. Bienvenue dans un autre monde, qui n’a de sens que celui qu’on veut lui donner.

Une seconde représentation aura lieu le jeudi 31 mai au Grand Théâtre, des places sont encore disponibles.

Par | 2018-10-14T07:23:48+00:00 30/05/2018|Catégories : Art et événements|Mots-clés : , , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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