L’insolente créativité des chantiers / constructions artistiques

Les Chantiers sont une occasion unique de découvrir des pièces encore en cours de création, de recueillir les commentaires du public, et surtout d’assister à un débordement de créativité, de sensibilité et d’intelligence. L’accès est gratuit (contributions volontaires) et l’on peut y assister jusqu’au 5 juin).

On arrive dans la salle du théâtre Premier Acte en sachant que l’on va assister à quelque chose de peut-être imparfait, pas tout à fait fini, qui se cherche encore un peu. On en ressort avec des étincelles dans les yeux, devant tant de vivacité, de talent et l’envie de revoir bientôt sur scène le résultat final. D’une durée maximale d’une heure, chaque chantier est suivi d’une période d’excavation (logique, on est en chantier!), qui peut se faire sous la forme de commentaires écrits, par courriel, ou en jasant directement avec les artistes impliqué.e.s. La création se poursuivra ensuite, et les œuvres seront présentées, on l’espère, sur des scènes plus établies.

Le Bourdon 600×100

On aurait aimé vous faire une liste de nos coups de cœur. Mais, à la vérité, on a tellement tout aimé qu’il n’est pas possible de vous faire une sélection des artistes et pièces. La relève de la scène de Québec est bourrée de talent et d’énergie. Alors on vous parle de tout ce à quoi nous avons pu assister depuis le début des chantiers.

Modern Struggle – strudel moderne, de Samuel Corbeil

Attention, débauche d’énergie au son du rock et des guitares saturées. C’est un spectacle de danse où les guitares sont des appendices des corps, c’est un show-rock axé autour de captations de shows live. Partition dansée, lipsynch survolté, la musique devient aussi l’occasion d’échanger sur l’amour de la musique et comment cela résonne dans nos vie. On en est ressorties avec une furieuse envie de karaoke et de réécouter Radiohead.

Au Complet, d’Elizabeth Baril-Lessard

Notre gros gros coup de cœur, même si oui, on a tout aimé. Des mots mêmes des adolescentes qui nous accompagnaient, cette pièce ou lecture (selon la forme finale) devrait être présentée autant aux adolescents qu’à leurs parents. Deux ados de 13 ans vivent leur première expérience un vendredi soir. Enfin, disons que le french provoque une réaction un peu vive chez Jules. S’en suit une course folle dans les méandres de la culture populaire, des mythes sexuels, de Google, des réseaux sociaux, de l’univers de l’école secondaire, et des agressions sexuelles. Mention spéciale à Virginie Vagin, quasi-choryphée et personnage le plus adulte de la pièce, bien que coincée dans une jeunesse éternelle. On en est ressorties avec l’idée que oui, ça va faire, faut vraiment des vrais cours d’éducation à la sexualité au secondaire.

Amour, Amour, de Gabriel Cloutier Tremblay

Quelque part entre 1984 et la Servante écarlate, la pièce revisite le mythe de “l’homme nouveau” propre aux sociétés totalitaires. Des citoyennes “non-désirables” renaissent (jetées sur la scène dans des sacs-poubelle), sont rééduquées, pour se conformer au rôle, docile, que la nouvelle société attend d’elles. Que l’une d’elles ait de la difficulté à trouver la voie qu’on lui assigne, et tout dérape. On a adoré le travail des corps comme moyen d’expression, et on en est ressortie.s avec l’envie de flipper des tables et d’imposer le matriarcat à tout le monde. Just sayin.

L’Enclos, de Lauren Hartley (lecture)

Normandie – 1997. Un homme en assassine un autre. Une histoire vraie, un fait divers, à lire en page 6. Vingt ans plus tard, la petite fille de la victime reconstruit ce qui s’est passé. Jouant sur la polyphonie des voix, les perspectives, la chronologie, le tableau qui se peint sous nos yeux est un hommage à la mémoire et à la façon dont on (re)construit ses souvenirs tout en voulant protéger ceux qu’on aime. On en est ressorti avec l’idée que le silence est une solution qui n’a qu’un temps.

Hakim à Québec, de Maxime Beauregard-Martin

Autant vous le dire tout de suite: toute la salle braillait à la fin de la présentation. Hakim à Québec réussit le tour de force d’être à la fois sensible, posé, émouvant, drôle, sur un sujet pourtant difficile, celui du racisme systémique à Québec. La trame narrative est celle d’un journaliste qui doit écrire un article sur ce thème. Ponctué d’interludes musicaux (au son du oud et du tambour), les comédiens et non-comédiens nous parlent de ce que c’est que d’être musulman à Québec en 2018, que l’on soit arrivé hier, ou avant-hier, ou même encore avant… Un hymne à l’identité plurielle, selon les mots d’Amin Maalouf: “Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m’amputais d’une partie de moi-même ?”. Comme je vous le disais au début, on en est ressorties en finissant notre paquet de kleenex tout en faisant croire que nan nan, c’est juste les allergies.

Programme triple de danse

P=UI, chorégraphié par Valérie Pitre

Trois corps dans l’espace, contraints par un poids sur leurs épaules, cherchent une voie vers la redécouverte de leur environnement, de l’autre et d’eux-mêmes. Les trois danseuses, enchevêtrées dans des câbles ethernet, portent sur elles le poids de la technologie, et de la contrainte qu’elle nous impose. Les fils sont une carapace dont on essaie de se défaire, parfois en s’éloignant les uns des autres, parfois en le portant ensemble. Les danseuses Angélique Amyot, Claudelle Houde-Labrecques et Lory St-Laurent sont impressionnantes.

Oddychac, chorégraphié et interprété par Julia-Maude Cloutier et Robert Pretorius

Oddychac, ou respirer en polonais, nous amène au coeur du souffle, cette action involontaire que nous faisons tous, et qui, avec un peu de travail, peut aussi nous aider à gérer notre stress, , nos traumas, nos émotions. Une performance fascinante, de deux corps qui respirent l’un contre l’autre, et l’un envers l’autre.

Recherche sur le corps glorieux, par Karine Ledoyen

Le spectacle se crée sous nos yeux. Quelque part entre l’improvisation en danse et celle en vidéo, on suit deux danseurs, Jason Martin et Simon Renaud, qui vivent pendant 30 minutes au son des témoignages de danseurs qui ont quitté la scène. C’est drôle, plein d’imprévus, et on reste admiratifs devant la force et l’endurance des danseurs.

Il reste encore quelques chantiers auxquels vous pouvez assister, jusqu’au 5 juin. L’entrée est gratuite (contribution volontaire). Ne manquez pas ça!

Par | 2018-06-12T12:39:07+00:00 03/06/2018|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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