En compagnie des pacifiques abeilles

Les ruches en ville sont de plus en plus populaires. Que ce soit sur les toits des particuliers ou sur ceux des organisations et entreprises privées, elles permettent aux abeilles de vivre dans un environnement urbain, et de participer à la biodiversité locale. 

Nous avions initialement rendez-vous, avec l’entreprise Alvéole, un vendredi 8 juin sur les toits du Centre des congrès qui, pour la troisième saison, fait installer des ruches sur son toit. À cause du G7, il a fallu décaler la visite aux abeilles au 14 juin. Il pleuvait ce jour là et les abeilles n’aiment pas être dérangées sous la pluie: il faut croire que leur humeur n’est pas au beau fixe en ce temps-là. Ce fut donc le lendemain, en une belle journée ensoleillée, que j’ai pu faire la rencontre de ces précieuses pollinisatrices. Et oui, je suis tombée sous le charme!

C’est Jérémie Doyon qui était de service. Ancien gestionnaire, il travaille depuis 3 mois pour Alvéole. La compagnie compte en 2018 quatre apiculteurs dans la Capitale. Jérémie passe normalement aux trois semaines prendre soin de ses protégées. En début de saison (fin mai) il y a à peu près dix mille abeilles, en ce moment quinze ou vingt mille, et d’ici la récolte du miel (en septembre), il y aura potentiellement soixante mille individus! Tout ça dans une seule ruche! Il ajoutera des cadres lorsque cinq ou six d’entre-eux, sur dix, auront leurs alvéoles de remplies. Petite précision: le but d’une entreprise comme Alvéole n’est pas la quantité produite de miel par ces dernières mais bien l’éducation afin de démystifier la vie de ces insectes. Jérémie était donc équipé de cadres en surplus et de chapeaux protecteurs mais, ni les uns ni les autres ne nous auront été utiles.

Nous avons été accompagnés sur le toit par un employé des lieux (sécurité oblige) qui a aussi pu profiter d’un cours 101 sur ces charmantes bestioles.

Ma première surprise a été de ne découvrir qu’une seule ruche sur l’immensité de ce toit. Quelques bacs de fleurs et fines et herbes et une ruche, c’est tout! Avouez qu’on verrait bien un peu plus de verdure là. La ruche est en plein soleil, loin des systèmes de ventilations et accessoirement loin des hommes: la sainte paix. La ruche est donc chauffée aux petites heures du matin et les abeilles commencent leurs inlassables ballets aériens jusqu’à la tombée du jour. Du moins les abeilles expérimentées, les butineuses, soit environ 1/4 de la ruche seulement, les autres ne volent pas! Elles font leur récolte dans un rayon de 3 à 5 km. Leur vie urbaine peut présenter un défi a priori mais, dans les faits, elles sont plus protégées des pesticides. Parfois, il y a des ratés. D’ailleurs l’an passé les deux ruches ont connu un problème au sein de leur colonie (mon guide apiculteur ignorait lequel). À la grandeur du territoire québécois, c’est 30% des ruches qui connaissent des problèmes chez les apiculteurs. Si il n’y a pas de reine ou une invasion d’un prédateur ou autres aléas c’est l’assurance de ne pas récolter de miel mais surtout le risque que la colonie soit décimée.

Jérémie Doyon, apiculteur pour Alvéole, est si calme qu’il n’a pas besoin de protection pour manipuler les cadres.

Ma deuxième surprise fut que ces dames sont extrêmement calmes, tout comme Jérémie. Oui, ces dames car il n’y a pour le moment que quelques faux bourdon dans la ruche (ne pas confondre avec le “vrai” bourdon). Ceux-ci ne servent qu’à la reproduction puis sont évincés dès leur tâche accomplie. Aucune étude scientifique pour appuyer les prochains propos, juste un constat des apiculteurs: si vous êtes stressé, les abeilles le seront. Pour l’explication: les abeilles communiquent, en partie, par les phéromones et seraient sensibles à celles dégagées par l’être humain. Je vous jure que j’étais la zénitude incarnée! Même pas peur. Et franchement aucune gloire là: elles sont pacifiques! À voir le calme de Jérémie en train de manipuler les cadres, certes avec précaution (quand même), c’est révélateur. En effet, nos amies les abeilles n’ont aucun intérêt à nous piquer: elles en meurent! Elles ne le font que si on les agresse (ex: les coincer). Elles ne s’intéressent qu’aux fleurs, leur nectar et leur pollen. Qu’on se le tienne pour dit: ce sont les guêpes, omnivores, qui s’intéressent à vos pique-niques. Les guêpes, elles aussi ne vous piquent que si vous les embêtez à la différence près qu’elles peuvent le faire plusieurs fois (puisque le dard ne reste pas planté dans votre peau). Donc approcher de la colonie d’abeille est quasi sans risque si on respecte quelques points.

  • Premier point: on passe par l’arrière de la ruche pour ne pas bloquer l’accès à leur entrée et donc leur “piste d’atterrissage”.
  • Deuxième point: elles consentent à ce que vous manipuliez leur maisonnée une quinzaine de minutes, après cela elles s’agitent un peu plus, vous tournent plus autour, vous collent. Bref, elles vous signifient que la visite est terminée. La seule technique utilisée fut celle de l’enfumoir: il “brouille” la communication entre les abeilles ce qui permet surtout de dégager le cadre de leur présence et y mettre plus facilement les doigts. C’est leur pot en quelques sorte!

Cet automne, après la récolte, la ruche sera protégée avec une “tuque et un manteau”. Elle sera placée sous une protection d’aluminium avec “des bulles d’air” ainsi qu’un styromousse. Puis elle sera mise dans un endroit ou la neige pourra se cumuler et ainsi servir d’isolant pendant les grands froids de l’hiver.

En attendant, cet été, je vous encourage à regarder de plus près les fleurs dans le quartier: vous y verrez surement butiner quelques unes de mes nouvelles meilleures amies.

Par | 2018-07-06T01:28:25+00:00 20/06/2018|Catégories : Écologie et verdissement|Mots-clés : , , , , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Isabelle Goarin
Québécoise d’adoption, et en amour avec ma ville depuis 2002, je suis particulièrement fière de vivre, travailler et consommer Saint-Jean-Baptiste depuis 2014. Travailleure autonome depuis 2005, curieuse d’histoire et de culture, cofondatrice du Bourdon média collaboratif, je m’implique aussi au niveau communautaire. J’ai développé au fil des ans un intérêt particulier pour le développement durable (zéro déchet, économie circulaire, consommation collaborative)

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