Roosevelt Avenue, 4: Un héritage …

Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de “Roosevelt Avenue”. 

Une localité qui avait une grande existence dans mon imaginaire de petit garçon, c’était Saint-Andrews, Manitoba. En écrivant ce récit, cependant, j’ai eu ma conception de cette localité bouleversée. C’est à Saint-Andrews que ma mère avait grandi. Et quand nous étions petits, Charlotte nous contait souvenir sur souvenir, à moi et à mon petit frère Ian. Elle était une conteuse née, Charlotte. Saint-Andrews prenait vie en nous. Saint-Andrews tel qu’il avait été autour de 1910 — tel qu’il avait été quand Charlotte était petite fille.

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Mais après avoir raconté ces contes de la famille Clare dans les précédents chapitres de ce récit… je voulais voir plus clair dans l’existence de cette petite ville, ou de ce village. Et en cherchant, j’ai appris des choses qui m’ont dérouté. Charlotte n’est plus là pour expliquer …Est-ce qu’il y a une lectrice ou un lecteur qui peut m’aider?

Mon Canadian Encyclopedia me dit que Saint-Andrews n’est pas un village, mais une « municipalité régionale » qui contient plusieurs villes et villages. La municipalité régionale occupe le nord de la Rivière Rouge, là où la rivière, sortant de la ville de Winnipeg, va vers sa fin. Elle verse dans le Lac Winnipeg. C’est une longue pièce de rivière! Elle inclut, entre autres, la ville de Selkirk … le village de Lockport … et un lieu historique majeur de l’ouest canadien qui s’appelle le Lower Fort Garry. Le Fort-Garry-en-Bas.

« Lower Fort Garry », Charlotte mentionnait ça souvent. C’était près de chez elle, près de la famille Clare ; et ça avait eu une importance dans la première révolte des Métis, en 1870. Parfois elle mentionnait Lockport … mais avec moins de conviction, moins un ton d’attachement. Le Fort-Garry-en-Bas avait été construit longtemps avant, par la Compagnie de la Baie d’Hudson, la HBC. Et la famille de Charlotte était des « HBC people », pionniers installés dans l’Ouest par la grande entreprise de traite de la fourrure. Est-ce là qu’elles sautaient à la corde, la petite Charlotte Clare et ses sœurs? Dans les années conduisant à la Première Guerre Mondiale?

La mère de ces filles, Rosalie, faisait contraste avec son mari. Arthur était un homme colérique, athée, organisateur du Parti Conservateur, dénichant les votes dans la région le jour des élections. Rosalie, elle … elle n’avait pas le droit de vote. (Il a fallu l’effort de guerre de 1914 pour que les Canadiennes arrachent le droit de vote.) C’est pas la politique qui comptait pour elle. Elle était très croyante, elle allait à l’église à tous les dimanches, elle chantait les cantiques. Voici comment Charlotte nous évoquait sa mère :

« Elle racontait la vie dans le poste de la Hudson’s Bay Company où elle avait grandi. Le jour où les Indiens se rendaient au poste avec leurs fourrures. Les provisions qu’ils recevaient de son père. Les échanges qu’il avait avec eux — en Cri. Et la personnalité de sa mère, qui était Crie, et que nous, on connaissait comme une vieille, vieille grand-mère, nommée ‘Subbet.’ »

Illustration de Malcolm Reid. Reproduction interdite.

Charlotte situait ce poste de la HBC très au nord de Winnipeg, dans le territoire indien. « It was way up at The Pas », elle disait. Ma curiosité m’a amené un jour à chercher Le Pas sur la carte du Manitoba, et j’étais étonné de voir qu’il n’est pas tant que ça au nord de Winnipeg, et la forêt du Manitoba s’étend pour mille milles encore, avant de rejoindre la Baie d’Hudson.

Charlotte avait d’autres histoires à raconter. Toujours et toujours.

« Un jour, Arthur a reçu une lettre de l’Angleterre. Un oncle à lui était mort, un homme dont il savait à peine l’existence. Mais cet homme lui avait laissé une partie de sa riche fortune. Un héritage.

« Zoom! Arthur planifiait son voyage dans le vieux pays pour assurer sa mainmise là-dessus. Et il avait assez d’argent pour faire le voyage. Il l’a fait. Mais il n’a jamais pu confirmer que beaucoup de livres ou que beaucoup de dollars lui revenaient. Il est revenu, déçu. Bredouille. Dupé. Mais pas entièrement triste, car il avait vu cette contrée qui était le cœur de l’Empire. Ce n’était plus l’empire de Victoria, non ; mais sûrement l’empire d’un de ses fils ou petits-fils, d’Edward ou de George. Il avait fait faire des théières et des cuillères plaquées argent, avec ses initiales ‘ A.C.C.’ gravées dessus. Il les présenterait à Rosalie …

« Et il avait des contes à conter. »

Retrouvez ici le troisième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright  Malcolm Reid

Par | 2018-09-11T12:08:08+00:00 01/09/2018|Catégories : Culture et éducation|0 commentaire

À propos de l'auteur :

Malcolm Reid est un écrivain du Faubourg Saint-Jean-Baptiste à Québec. Il habite le quartier depuis longtemps, et il est actif dans ses mouvements citoyens. Ses sujets sont littéraires, musicaux, politiques: il écrit sur ce qui l'intéresse. Et il écrit dans deux ou trois formes, fictives et factuelles. Prosaïques et poétiques. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers...

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