Autrefois, la Fête du Travail

Il fait beau, l’été se prolonge comme c’est souvent le cas au début septembre. Un photographe, Philippe Girard, a croqué la scène. Les curieux se sont massés rue d’Aiguillon pour voir passer le défilé.

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Les hommes sont tirés à quatre épingles : cravate, complet et chapeau melon. On remarque quelques femmes, plutôt rares, en robe avec chapeau. Il y a des enfants autour de l’église.

Il s’agit de l’une des premières manifestation syndicale documentée à Québec. Les chars, tirés par des chevaux, représentent différents métiers; ils sont commandités par des syndicats ou des entreprises, selon le cas. On remarque notamment les Chevaliers du travail, l’Union des ferblantiers et des plombiers, la boulangerie Modèle, l’Union des tailleurs de cuir. Nous sommes le 2 septembre 1895, c’est la fête du travail.

Aux origines

La fête du travail trouve son origine dans une grève pour la journée de 9h initiée par les syndicats d’imprimeurs de Toronto et Hamilton en 1872. Bien que durement réprimée, elle avait menée à une prise de conscience politique : la classe ouvrière existe et peut être mobilisée. C’est dans la foulée de cette grève que John A. Macdonald a légalisé les syndicats au Canada afin de s’assurer le vote ouvrier et nuire au parti libéral.

Les syndicats de Toronto sont les premiers à célébrer la fête du travail afin de souligner la lutte pour la réduction du temps de travail. Leur initiative se répand assez rapidement et est reprise par le mouvement syndical américain à partir de 1882. À la demande des syndicats, le gouvernement du Québec en fait une « fête légale » dès 1889, le gouvernement fédéral emboîte le pas et créé un nouveau congé férié en 1894.

«Le premier lundi de septembre devient ainsi un jour férié chômé, le premier consacré à un groupe social, et ce, avant même que le gouvernement dédie une fête à des groupes ethniques, telle la Saint-Patrick pour les Irlandais et la Saint-Jean-Baptiste pour les Canadiens français», signale l’historien du syndicalisme Jacques Rouillard dans un article consacré à la question.

À Québec

Dans la vielle capitale, c’est le Conseil central des métiers et du travail de Québec qui prend en charge l’organisation de la fête du travail. Assez rapidement, le défilé est jumelé à un pique-nique à l’exposition provinciale (Expo Québec) et en marque le début. À partir de 1918, avec l’apparition du syndicalisme catholique, on ajoute une messe. Le défilé est très important pour le mouvement syndical et vise à marquer son importance dans la ville. Il n’est pas rare qu’il soit ouvert par le chef de la police et des pompiers et que le maire y assiste.

La fête du travail sera célébrée à Québec d’une façon ou d’une autre jusqu’en 1972 avant d’être remplacée par la journée internationale des travailleuses et des travailleurs (le Premier mai).

Vue rapprochée du char allégorique représentant l'”Union des Ferblantiers Plombiers”. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P21)

Vue rapprochée du char allégorique près des terrains sur le côté de l’église Saint-Jean-Baptiste, représentant peut-être une manufacture de chaussures. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P20)

Vue rapprochée du char allégorique près des terrains sur le côté de l’église Saint-Jean-Baptiste, représentant “L. Robitaille & Fils – Voituriers”. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P19)

Vue rapprochée du char allégorique près des terrains sur le côté de l’église Saint-Jean-Baptiste, représentant “Achetez la Machine à Coudre – New-William – Garantie pour dix ans – En vente Chez – Hudon, Paradis & Cie”. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P18)

Vue rapprochée du char allégorique représentant “Quincaillerie – Hardware”. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P17 )

Vue rapprochée d’un landau avec un passager “Monsieur Lemelin”, devant la manufacture du boulanger et fabricant de biscuits Thomas Hethrington. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P16)

Vue rapprochée du char allégorique représentant la “Boulangerie Modèle”. BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P15)

Vue rapprochée du char allégorique représentant “P. Marchand seul Fabricant à Québec”, Philibert Marchand, fabricants de coffres-forts, portes de voûtes, BANQ, Fonds Philippe Gingras (P585,D7,P14)

Par | 2018-09-13T07:26:51+00:00 03/09/2018|Catégories : Histoire et patrimoine|Mots-clés : , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Nicolas Lefebvre Legault
Photographe amateur armé d'un Galaxy S5. J'ai un faible pour les scènes de rue, les belles bâtisses et les graffitis... (oh, et la bouffe aussi).

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