Le 869-871 rue Saint-Jean: une histoire commerciale de Saint-Jean-Baptiste

C’est l’un des bâtiments de la rue Saint-Jean qui porte une date sur son fronton. Érigé en 1872, il a vu passer plusieurs commerces, d’une salle de quilles à un salon de coiffure, en passant par un commerce de photographie ou un magasin de vêtements dont on peut encore déchiffrer l’enseigne: les Créations Suzanne.

L’atlas des assureurs de 1910 montre que le bâtiment des 225-227 rue Saint-Jean (selon l’ancienne numérotation) est fait de briques, comprend deux étages et possède un toit de métal. Deux portes métalliques permettent de rejoindre l’Olympia.

Détail d’un plan des assureurs représentant le bâtiment du théâtre Olympia après son agrandissement et la construction de la salle de quilles et de billard sur un emplacement voisin. On remarque que la portion bordant la rue Saint-Joachim est réservée à des fins résidentielles (dwg = dwelling). Insurance plan of the city of Quebec, Canada, Charles E. Goad, 1910, BAnQ, fonds et cote inconnus

Bien que l’inscription au frontispice mentionne la date de 1872, le bâtiment tel qu’il apparaît aujourd’hui a été façonné en 1915, sur les plans de l’architecte Georges-Émile Tanguay, et à la demande de la compagnie Olympia. Tel qu’indiqué dans l’article de Jérôme Ouellet sur les cinémas du quartier, l’entreprise enrichit à ce moment-là son offre de divertissement en édifiant une salle de quilles et de billard sur un emplacement voisin du théâtre.

Le nouvel édifice est à deux étages. Sa charpente est de fer avec façade en fort belle pierre. On y trouvera le confort voulu et même les commodités désirables dans une telle maison” peut-on ainsi lire dans Le Devoir du 17 novembre 1915. On dit alors que l’Olympia comble une vraie lacune pour les quartiers de la haute-ville, dépourvus d’un tel équipement.

Le Devoir, 17 novembre 1915.

En 1925, J.-Henri Paquet, propriétaire, aménage deux magasin en façade, au numéro 225 de la rue Saint-Jean. De 1925 à 1943, William Bertram Edwards (1880-1944) y tient son commerce de photographies. D’ailleurs, le premier studio de ce photographe, spécialiste des vues panoramiques, se trouvait au 879 de la rue Saint-Jean, comme l’indique l’épigraphe pour ce bâtiment.

Un véhicule commercial de W.B. Edwards, à Québec. William B. Edwards / Bibliothèque et Archives Canada / PA-098679

Façade de l’entreprise Studio W.B. Edwards, au 225 de la rue Saint-Jean. Collection Studio Edwards, dans Désy, L. (1987). Une tradition vivante : Le studio W. B. Edwards. Cap-aux-Diamants, 3(2), 25–28.

La boutique de vêtements pour dame Les Créations Suzanne Inc. s’est installée dans le bâtiment en 1958, qu’elle occupera jusqu’en 2008. Après la Seconde Guerre mondiale, Suzanne Couture, née Lagueux, ouvre sa boutique sur la rue Saint-Jean, d’abord à l’endroit où se situe actuellement le restaurant Le Hobbit, puis dans le secteur de Radio Canada. L’endroit abrite maintenant un salon de coiffure.

On remarquera dans la photographie ci-dessous, prise vraissemblablement dans les années 1980, que la date “1872” n’a pas encore été ajoutée sur le fronton de l’édifice.

Source: Ville de Québec. Non daté.

A l’étage, l’École de danse Valentino tient son studio pendant quelques années; l’on y apprend le tango ou le cha-cha. Aujourd’hui, on y bouge un peu plus doucement de son corps, puisque le studio Hot Yoga Prana y donne des cours.

Source: Ville de Québec, non daté.

On voit encore aujourd’hui, sous l’enseigne du commerce actuel, les traces de l’ancienne boutique. A l’arrière, sur la rue Saint-Joachim, la porte de la réception des marchandises mentionnait, jusque récemment encore les Créations Suzanne.

La porte arrière, donnant sur Saint-Joachim, portait encore, il y a quelques années, les traces du commerce disparu. Photographie droits réservés, décembre 2015.

En 2008, le commerce ferme définitivement, après 64 ans d’existence, en ayant refusé de s’installer dans les centres commerciaux de banlieues. « On raconte que la commerçante a été approchée une vingtaine de fois pour déménager à Place Laurier, Place Sainte-Foy ou Place Fleur-de-Lys mais qu’elle a toujours dit «non». C’était une question d’appartenance, croit sa belle-fille. Suzanne Couture avait débuté dans le Vieux-Québec avec d’autres pionnières qui, comme elle, s’étaient battues pour se faire une place. On pense ici aux corsetières Jeanne Hardy et Geneviève Morel, aux demoiselles Gauthier du Salon Jade ainsi qu’aux demoiselles Breton qui tenaient une boutique de vêtements » (Le Soleil, 11 juillet 2008).

Par | 2018-10-06T09:13:30+00:00 01/10/2018|Catégories : Histoire et patrimoine|Mots-clés : |1 Comment

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

Un commentaire

  1. […] En 1953, pour pallier le manque d’espace, on regarde différentes possibilités. On ouvre une succursale sur Belvédère (dans une maison depuis démolie) pour les cours préparatoires, les cours libres et ceux pour enfants. Une autre succursale ouvre sur Saint-Amable, et on loue même des locaux sur Saint-Jean, à l’étage du 869-871 rue Saint-Jean. […]

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