Manifeste de la jeune fille: une pièce caustique et jubilatoire

Il vous reste encore quelques jours pour aller assister à “Manifeste de la jeune fille”, d’Olivier Choinière, au Périscope. Une pièce grinçante qui s’appuie sur les discours médiatiques et autres clichés qui vantent la poursuite du bonheur, et qui rendent les conversations vides…

Si la pièce s’ouvrent sur le modèle féminin idéal développé dans les magazines dits “féminins”, ce n’est que pour mieux faire ressortir le modèle de consommateur idéal qu’on appelle la Jeune-Fille*, sans âge ni sexe, et dont la satisfaction est consommation. Parce que je le vaux bien. Les autres tableaux dézinguent la simplicité volontaire, le zéro-déchet, les alter-toute, les manifestants, ceux qui veulent s’impliquer, mais sans savoir dans quoi.

Tout le monde se reconnait. Concentré des egos contemporains et de différentes visions du monde, c’est bien la “quête du bonheur”, “quête de soi”, “l’accomplissement personnel”, le “bien-être”, tout ce que l’on croit vouloir atteindre pour être heureux qui sont méthodiquement déconstruits, tout comme la superficialité et la similitude des solutions proposées par notre monde moderne.

Le bonheur n’est-il au fond qu’une accumulation de clichés, aussi foisonnante que la consommation qui finit par tout dévorer? Les hommes sont malheureux, ils ont peur, et l’on n’a pas dépassé le “cultivons notre jardin” de Candide, si ce n’est pour remplir ce jardin de biens de consommation ou de le décorer de phrases toutes faites, tirées d’autant de pages “bien-être” et “simplicité volontaire” qui se répètent d’un magazine à l’autre… Il suffit d’une phrase pour que la coquille se brise et que l’on se décompose. On change de peau, on change de vêtements, on change de philosophie de vie, mais au fond, en brandissant son ego on finit par n’être qu’un ramassis de clichés ambulants. En somme, Manifeste de la jeune fille est un condensé de sociologie 101, où l’on réalise assez brutalement que notre égo et nos valeurs ne sont pas vraiment individuels …

La pièce est acide, caustique, jouissive, et tout le monde en prend pour son grade. On aimerait se faire croire qu’on est au-dessus de cela, que, non, pensez-y, pas nous, nous, spectateur éclairé, nous avons une distance critique… En vérité (si ce mot a encore un sens après avoir vu la pièce), ce genre de certitudes est aussi défoncé que le quatrième mur, quand les acteurs deviennent spectateurs et parlent d’eux-mêmes ou de ceux qui se trouvent alors assis à côté d’eux.

On ne saurait que trop souligner l’écriture précise, nerveuse, la qualité des comédiens, et celle de la mise en scène, cliquante et saccadée comme notre vie contemporaine. Olivier Choinière, auteur et metteur en scène, nous offre là deux heures de rires, de déconstruction des discours, sans toutefois être moralisateur. C’est vif, mordant, tourbillonant, et on en redemande. Faites vite, c’est jusqu’au 20 octobre!

* Expression tirée des Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille (2001), dans lesquels le collectif d’écrivains Tiqqun tente de saisir les contours du citoyen modèle de la société de consommation.

Par | 2018-10-24T08:39:16+00:00 16/10/2018|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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