Le baptême de la petite, comédie grinçante au Périscope

Le Baptême de la petite prend l’affiche au Périscope du 23 octobre au 10 novembre. Une pièce ironique et mordante sur le drôle de rapport que le Québec contemporain entretient avec la religion catholique et ses rituels, au travers du prisme de la famille.

Le baptême de la petite raconte l’histoire d’une soirée catastrophique alors que Antoine et Maude, quarantenaires bobos, reçoivent Marie-Ève (sœur d’Antoine) et Rémi, qui s’avère être l’ex de Maude (ô malaise) pour souligner l’adoption prochaine de leur fille de la Chine. Et c’est la question du baptême qui va déclencher une suite de divergences de points de vue, de conflits ouverts, de trahisons et faire réapparaître des rancunes que l’on croyait avoir enfouies.

Articulé autour de la parabole du fils prodigue et des sacrements catholiques, le texte pose avant tout la question du monde d’après la Révolution tranquille et de ce que l’on a gardé, sinon de la religion, du moins du sentiment religieux et des rituels qui y étaient associés. Comment trouver des réponses aux questions existentielles, ou transmettre les liens familiaux lorsque les rites religieux, comme les baptêmes ou les funérailles disparaissent, emportant avec eux les réunions familiales “traditionnelles”… On vous laisse d’ailleurs méditer sur le fait que Saint-Antoine est le saint-patron des causes perdues, Sainte-Mathilde (Maude) celle des familles nombreuses, et le prénom Marie-Ève associe deux figures majeures de la Bible.

Ici, c’est la société québécoise tout entière qui est questionnée, une société symbolisée par la maison familiale traditionnelle, celle qu’on rénove en envoyant tout aux vidanges comme celle que l’on revisite pièce par pièce et où l’on retrouve les souvenirs et objets qui incarnent notre passé. Les dialogues ne sont pas désincarnés ou philosophiques, et c’est une série d’actions (et pas juste celles de Chuck Norris, on vous laisse découvrir) au cours de ce souper désastreux (avec son lot de remarques piquantes et acerbes) qui permet de mettre à nu les personnages, au propre comme au figuré.

On ne saurait trop saluer la performance des quatre acteurs: Catherine De Léan, Maxime Denommée, Jean-Michel Déry et Marie-Hélène Gendreau (par ailleurs coordinatrice artistique du Théâtre Périscope depuis 2016) interprètent le texte d’une façon vive, intelligente, pleine d’humanité jamais toute noire ou toute blanche. Le texte d’Isabelle Hubert (dont on a pu voir ces dernières années Le cas Joe Ferguson au Grand Théâtre ou La robe de Gulnara à la Bordée) est vif, mordant, et juste assez caustique pour que chacun s’y retrouve et se pose des questions sur son attachement à la tradition et à ce qu’elle comporte de religieux. Un texte qui résonne crûment avec l’actualité, où les crucifix sont considérés comme patrimoniaux…

Par | 2018-11-02T15:26:01+00:00 23/10/2018|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , , |1 Comment

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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