Roosevelt Avenue, 6: Donkey baseball!

Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de “Roosevelt Avenue”. 

« C’est à Lake Louise que j’ai fait la connaissance de Lillian Nodwell, les garçons. » (C’était encore notre mère qui racontait sa jeunesse à Malc et à Ian.)

« Vous connaissez mon amie Lillian? Je suis restée amie avec elle tout le long de nos vies après ça. Elle a épousé un cultivateur dans un village de l’Ontario, elle a eu plusieurs filles. Mais elle était peintre. Elle était une fille pleine de talents, de créativité, et elle n’a pas cessé de l’être. Tiens, voici des portraits qu’elle a fait de moi, quand nous avions vingt ans. »

Charlotte a sorti des petits morceaux de Masonite sur lesquels on voyait une Charlotte bien plus jeune que la mère que nous connaissions. Elle était habillée d’un gilet vert; ses cheveux montraient le profond noir amérindien que Charlotte avait, avant que les premiers cheveux gris s’insinuent dans sa chevelure, dans la quarantaine.

Quelques années après ses premiers récits sur Lillian, elle nous a amenés à la ferme de la famille Nodwell, on a passé une fin de semaine là. C’était dans le village de Hillsburgh, Ontario. On a joué timidement avec les filles de Lillian, qui étaient des grandes filles, tandis que Charlotte ayant attendu plus longtemps pour avoir ses enfants … Ian et moi étions encore des garçonnets. Nous admirions les peintures et les rideaux qui nous entouraient, confectionnés par Lillian, épouse d’agriculteur.

« Venez donc les garçons! a dit Lillian en sortant dans le soleil de juillet. Le village va avoir une partie de baseball, et ça va être du baseball comme vous ne l’avez jamais vu. Ça va être du donkey baseball. » Et voilà — les joueurs jouaient, tous, montés sur des petits baudets, et galopaient plutôt que de courir. Le donkey baseball, à bien y penser, c’était du donkey softball. « Drôle de game, hein, Malc? » m’a dit Ian.

Plus tard, son mari, Mung, est décédé. Lillian était veuve. Mais la vie de bohème l’habitait encore. Ses filles étaient grandes, elles faisaient leurs vies (l’une d’elles comme costumière pour une troupe de ballet) — alors Lillian a pris un appartement dans le centre-ville de Toronto, près du célèbre Honest Ed’s, le royaume des aubaines. Renouant avec Charlotte, elle a peint son portrait à soixante ans comme elle l’avait peint à vingt ans. Avec le même œil pour les traits de Charlotte, qui portait un costume vert-émeraude, comme dans les premiers petits tableaux.

Nous voyions combien cette amitié de jeunes serveuses gagnant leurs études dans un hôtel de luxe dans les années de la Dépression … combien elle était grande, cette amitié. Combien elle était forte. Et combien les deux femmes partageaient encore les mêmes goûts artistiques.

La vie de notre mère avant son mariage était devenue pour nous légende. Elle l’avait créée telle. Maintenant, avec ces retrouvailles, un personnage de son récit devenait une personne réelle pour nous. Et cette personne était très près de la flamboyance que Charlotte avait décrite.

Montréal!

Voilà une autre scène de cette légende. Charlotte et sa sœur Anne n’étaient pas à leurs premier pas de jeune femme, non. Mais jusqu’à l’âge de vingt ans, ça avait été dans l’Ouest. Le pays qu’elles connaissaient, le pays des parents, Rosalie et Arthur. Winnipeg avait été la grande ville pour elles. Maintenant un chapitre « Montréal » allait s’ouvrir pour les deux sœurs. Et pour une troisième sœur, qui s’appelait Bessie. C’était 1930 passé, et la Grande Dépression s’abattait. Mais ça n’arrêterait pas trois Winnipeg girls de voyager de la Rivière Rouge jusqu’au Fleuve Saint-Laurent. Ah non!

Retrouvez ici le cinquième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright  Malcolm Reid

Par | 2018-11-15T21:50:10+00:00 03/11/2018|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , |1 Comment

À propos de l'auteur :

Malcolm Reid est un écrivain du Faubourg Saint-Jean-Baptiste à Québec. Il habite le quartier depuis longtemps, et il est actif dans ses mouvements citoyens. Ses sujets sont littéraires, musicaux, politiques: il écrit sur ce qui l'intéresse. Et il écrit dans deux ou trois formes, fictives et factuelles. Prosaïques et poétiques. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers...

Un commentaire

  1. […] Retrouvez ici le chapitre précédent de Roosevelt Avenue, et le suivant ici. […]

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