Baby-sitter, ou l’égalité des sexes mise à nu

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette saison 2018-2019 du Périscope ne déçoit pas, et que la qualité est systématiquement au rendez-vous. Preuve en est la caustique et drôlissime Baby-Sitter, qui prend l’affiche jusqu’au 24 novembre, et qui gratte sans honte le vernis féministe condescendant de certains hommes.

Le point de départ, c’est le phénomène du “FHRITP”, ces chahuteurs sexistes, qui balancent des obscénités aux journalistes (femmes) en ondes, le tout pour obtenir des vues sur les réseaux sociaux. Une expression traduite par un retentissant “fourre-la dans l’cul” qui ouvre de manière… pénétrante la pièce.

C’est l’histoire de Cédric, qui a cru faire une simple blague et qui, en type un peu douche et lourdaud, se remet péniblement en question. C’est l’histoire de son frère, Jean-Michel, journaliste réputé, intello qui se rêve en héraut du féminisme se portant à la défense des pauvres femmes victimes de la société sexiste. De leur idée d’écrire un livre, “Sexist Story”, pour s’excuser auprès de “leurs” mères, soeurs, épouses ou autres, et qui finit surtout par leur servir à se valoriser. Et celle de Nadine, la conjointe de Cédric, qui voudrait simplement qu’il s’excuse publiquement et qu’on passe à autre chose.

Et c’est celle de la baby-sitter, sorte de Mary Poppins dont le parapluie ne ressemble plus tout à fait à un instrument protégeant de la pluie… de commentaires sexistes plus ou moins perçus comme tels. Baby-sitter, mais pas que. Se jouant des codes et tous les rôles typiquement assignés aux femmes, elle est celle dont les jeux thérapeutiques permettent de retrouver l’équilibre entre les sexes. Et finalement, ce sont les femmes qui se libèrent… un peu.

On rit pendant près d’une heure et demie, parfois un peu jaune devant l’absence totale de remise en cause de ceux qui croient avoir sauvé le monde parce qu’ils ont réfléchi deux minutes à la misogynie de leur blague de viol ou parce qu’ils sont persuadés de renverser le patriarcat en croyant secourir une autre pauvre “victime” du sexisme.

Cinglant sans être moralisateur, le texte de Catherine Léger est caustique et émouvant. L’auteure de Princesses et de J’ai perdu mon mari, a développé le texte dans le cadre d’une résidence d’auteur à La Manufacture. Un texte tout en nuance, qui exprime sans mal toutes les contradictions entre “ce qu’il faut dire” et “ce que l’on fait réellement” lorsque l’on parle d’égalité des sexes. Que dire de la distribution, si ce n’est que les acteurs incarnent malicieusement et tout en nuance des personnages très contemporains. Leur finesse de jeu n’a d’égal que leur impressionnante capacité à faire passer toutes sortes d’émotions dans leurs silences aussi bien que leurs mots.

Par | 2018-11-17T10:31:26+00:00 13/11/2018|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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