M.I.L.F, mères au bord de la crise de nerfs

Trois femmes, trois mères, trois sexualités marquées par la maternité. D’où l’acronyme M.I.L.F, Mother I’d Like to Fuck, où l’auteure Marjolaine Beauchamp explore de manière crue ce que la maternité fait aux femmes et à leur sexualité. La pièce joue au Périscope jusqu’au 1er décembre.

Créé en septembre 2017 par la Compagnie Le Trillium (l’une des quatre compagnies fondatrices et résidentes de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins à Ottawa), M.I.L.F. est un coup de poing qui aborde sans aucune censure et de manière avant-gardiste le tabou entourant la relation entre la maternité et la sexualité, ou son absence en l’occurrence. Car dans le texte de Marjolaine Beauchamp, être mère, c’est enchaîner les frustrations; et l’on sort du théâtre avec une légère envie de se ligaturer les trompes.

J’ai deux kids, c’est ça qui m’a passé su’l corps, mais on met pas ça tu suite dans une description de site de rencontre han? Tu m’trouves tu malhonnête? Moi j’te trouve malhonnête parce que tu dis dans ton esti de profil que le corps d’une femme c’est un temple. Un temple de quoi han? Si té pas capable de tufer qu’un temple y’a du monde en esti qui rentre dedans, du monde, des bébés pis des fuckall comme toi qui s’attendent à voir des femmes intactes. Chu pas intacte, crisse d’homme moderne à marde, j’aurais dû le savoir astie. J’aurais pas dû penser que j’avais accès à ça.

Blind Date

M.I.L.F, et tout le poids pornographique que le mot porte et que la pièce cherche à se réapproprier, ce sont trois femmes: celle que l’on veut baiser (MILF), celle que l’on veut tuer (MILK), celle que l’on veut sauver (MILS). Celle qui désire, celle qui souffre, celle qui observe. Trois femmes, trois corps, trois fatigues et trois frustrations qui hurlent parfois à l’unisson. On ressort de la pièce avec l’étrange impression que “la” mère est surtout une femme bien seule, dont la frustration sexuelle ne peut s’exprimer qu’en criant. C’est souvent raide et un peu déprimant, parfois drôle, mais c’est voulu. La forme est là pour frapper fort, et être aussi incisive que le texte.

Ne cherchez pas l’histoire, un début ou une fin: la seule trame linéaire est celle de la révolte, criarde, nue, aussi nue et dépouillée que la mise en scène de Pierre Antoine Lafon Simard, très à propos, notamment dans l’utilisation des lumières. Interdit aux moins de 16 ans, le spectacle contient des scènes de nudité, du langage cru, de la musique très forte et des effets stroboscopiques.

Par | 2018-12-03T22:33:42+00:00 27/11/2018|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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