Autant vous le dire tout de suite, on a eu un véritable coup de cœur pour Astronettes, son originalité, sa créativité, et sa capacité à nous rappeler que cela prend beaucoup d’exploratrices pour paver la voie aux femmes dans tous les domaines. La pièce prend judicieusement l’affiche le lendemain de la Journée internationale des femmes et des filles de science, et on ne saurait rêver mieux comme moment.

Nous sommes en 2035, à 1h40 du décollage de la première mission pour Mars, pilotée par un équipage entièrement féminin. L’occasion de revenir sur les rêves qui les ont poussées à entreprendre cette aventure, leurs sacrifices comme leurs victoires. Parallèlement à l’entraînement qui les mènera enfin dans les étoiles, on revisite l’histoire des pionnières de la conquête spatiale dans les années 1960, et cinquante ans plus tôt, de l’aventurière Alexandra David-Néel dont l’horizon devait être le toit du monde plutôt qu’une vie bien rangée. Des femmes curieuses et audacieuses, allant au-delà de ce qu’on avait traditionnellement assigné à leur sexe, qui ont été les premières à ouvrir les portes que leurs descendantes ont pu franchir. Malgré les obstacles. Malgré les justifications constantes. Malgré la mauvaise foi des hommes.

  • Alexandra David Néel, orientaliste, tibétologue, chanteuse lyrique, journaliste, féministe, anarchiste, écrivaine, exploratrice et aussi franc-maçonne et bouddhiste. Première femme européenne à pénétrer dans la ville de Lhassa, elle renouvelait encore son passeport à l’âge de 101 ans, prête à repartir à l’aventure…
  • Ruth Nichols, Jackie Cochran, Jerrie Cobb et Wally Funk, pionnières de l’aviation, dont certaines firent partie du projet Mercury 13
  • Valentina Terechkova, première femme envoyée dans l’espace, et dont la carrière a été brisée par des hommes qui n’ont pas voulu admettre leur incompétence…

Elles revivent toutes pour accompagner Emma, née en 2000 et prête à s’envoler vers Mars, pleine de certitudes et de doutes. Elles la nourrissent, apaisent ses doutes, l’encouragent. Elles lui ont tracé la voie, vers l’ailleurs. Parce qu’Emma était faite pour ça. Comme elles étaient faites pour repousser des frontières.

On salue la mise en scène ingénieuse, qui sert parfaitement le propos. Les images et vidéos d’archives (notamment de la NASA) nous font découvrir ces icônes, et l’ensemble de la mise en scène nous projette en une fraction de seconde dans le passé, ou dans l’avenir. Le texte de Marie-Josée Bastien et Caroline B. Boudreau est riche, érudit, et c’est un vrai plaisir. D’ailleurs on ressort d’Astronettes avec la furieuse envie de dévaliser une librairie pour en savoir plus sur ces femmes, ce qui est plutôt bon signe. Astronettes nous fait espérer qu’en 2035, un équipage d’astronautes entièrement féminin ne soulèvera aucune question et qu’on est devant du théâtre d’anticipation, et non de science-fiction.

La compagnie du Théâtre Niveau Parking nous offre là une production de très haute qualité, servie habilement par des comédiens qui nous font nous attacher à ces femmes qui sont allées au-delà. Claude Breton-Potvin, Véronika Makdissi-Warren, Mélissa Merlo, Guillaume Perreault et Claudiane Ruelland forment un quintet efficace, tout en justesse et en fluidité, et dont la performance est parfaite sur toute la durée du spectacle.

Astronettes, la longue marche des femmes, au Théâtre Périscope du 12 février au 2 mars 2019.

Astronettes est un magnifique hommage aux pionnières. Un texte qui s’appuie sur une documentation riche, comme en témoigne l’installation dans le hall du Périscope