Les Murailles, où la parole de ceux qui font La Romaine

La première adaptation du roman d’Érika Soucy prend l’affiche du Périscope jusqu’au 20 avril, et parvient à rendre l’environnement des chantiers de la Romaine terriblement humain…

On ne saurait trop vous encourager à vite prendre votre billet, tant on a aimé Les Murailles. Tout sonne juste, et les roches dynamitées par les hommes de la Romaine deviennent presque des pierres précieuses, ciselées par l’écriture de la jeune auteur. Les Murailles, c’est d’abord l’histoire d’Érika, jeune poète ayant grandi sur la Côte-Nord, désormais installée à Québec, et qui se retrouve embarquée dans un avion pour la Romaine pour passer une semaine en observatrice au campement des murailles, près de Romaine 2. Elle y retrouve son père, et toute la distance qu’il a mis dans leur relation. Elle y découvre son monde, et peu à peu, comprend certaines choses.

Entre souvenirs d’enfance et documentaire sur la vie quotidienne du chantier de la Romaine, la pièce évoque la vie des enfants conçus fly-in, élevés fly-out, parle de leurs pères, oncles, frères et maris, du chantier qui prend toute la place dans leur vie et qui leur offre un environnement pas si loin d’une prison…

Il faut saluer l’impressionnant travail d’adaptation théâtrale opéré par Erika Soucy, qui interprète également son propre rôle. Les mots sont transposés dans un décor juste assez nu pour représenter le chantier. Le langage est cru, et pourtant on ne tombe jamais dans la vulgarité. Il coule de manière naturelle, sert adéquatement les personnages que l’on n’aurait pas voulus lisses. De l’absence de mots aux passages poétiques, les registres alternent avec une maturité évidente, qui nous font nous sentir proches des personnages.

On reste impressionnés par l’alliance entre la précision des textes et le jeu des acteurs, qui parviennent souvent en trois répliques à faire saisir toute la complexité et la richesse d’un personnage. Eva Daigle interprète avec délices toute une panoplie de femmes de chantier; le jeune Gabriel Cloutier Tremblay incarne la jeunesse, la fragilité et l’arrogance de plusieurs jeunes hommes, dont Ken, le frère d’Érika. Philippe Cousineau campe plusieurs personnages d’expérience, drôles, maladroits, parfois alcooliques, mais toujours fiers du travail accompli. Quant à Jacques Girard, qui interprète le père d’Érika Soucy, son interprétation toute en non-dits mérite d’être saluée.

En bref

  • Du 9 au 20 avril 2019
  • Mardi – Mercredi > 19h
  • Jeudi – Vendredi > 20h
  • Samedi > 16h
  • Programme double Les murailles/Foreman le vendredi 19 avril et le samedi 20 avril.

Par | 2019-04-17T13:04:35+00:00 09/04/2019|Catégories : Culture et éducation|Mots-clés : , , |0 commentaire

À propos de l'auteur :

Québécoise d'adoption depuis 2007 et résidente de Saint-Jean-Baptiste depuis 2012, je suis passionnée de démocratie locale, d'histoire et de patrimoine. Co-fondatrice du Bourdon média collaboratif, je suis également engagée dans divers organismes du quartier, comme le Comité Populaire, Espace Solidaire, et le Comité du patrimoine.

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