Vous avez jusqu’au 4 mai pour voir dans l’intimité du studio Marc-Doré du Périscope la très juste et très pertinente pièce Foreman, qui parvient à résumer en deux heures le malaise inexprimable des jeunes hommes et le rôle qu’ils peuvent ou veulent jouer…

Un malaise qui n’a pas grand chose à voir avec le féminisme, mais bien la façon dont les hommes sont élevés, et cherchent à se conformer à un hypothétique modèle de virilité. Foreman présente en parallèle le parcours de Carlos (interprété par Charles Fournier, également auteur de la pièce), qui explique “comment il est devenu un homme” en racontant des moments marquants de sa vie au public, et celui de quatre de ses chums, qui se retrouvent un soir au milieu de nulle part pour aider Carlos dans l’épreuve qu’il traverse. Alcool et pot aidant, toutes les insécurités qui les rongent sortent. Enfin, sortent comme elle peuvent, un peu croche, sous un tombereau de sacres. Ou ne sortent pas du tout, et on reste impressionnés par le talent des comédiens à exprimer autant de choses avec leurs silences. Incapables d’exprimer leurs émotions, insécures sur leurs performances, ayant une peur panique d’avoir l’air “fif”, ces hommes-là en arrachent passablement, surtout qu’ils se renvoient l’image qu’être un homme, c’est ne pas pleurer, ne pas avoir peur, faire du cash, enchaîner les conquêtes, etc… Bref, tous ces clichés toxiques qui se répercutent d’une génération à l’autre.

On ne peut que saluer la maturité des textes de Foreman. Charles Fournier, qui s’inspire ici de son expérience sur les chantiers de construction et dans les usines, évite les écueils d’un discours masculiniste pour simplement donner une voix à des hommes qui manquent souvent de mots pour exprimer leurs… maux. Avec une langue crue, dure et nue, mais parfaitement juste, l’auteur, qui avait déjà présenté la pièce lors d’une résidence en 2016, nous montre des écorchés qui ne savent pas trop quoi faire de leur peau à vif, mais qui tiennent à le faire ensemble.

Une performance exigeante pour les cinq acteurs (outre Charles Fournier, Pierre-Luc Désilets, Miguel Fontaine, Steven Lee Potvin et Vincent Roy), qui servent magnifiquement un texte dur, et qui se donnent physiquement pendant deux bonnes heures qu’on ne voit pas passer. Un peu comme des danseurs de ballet maniant la scie circulaire, entraînés sur une vibrante chorégraphie quand les mots ne peuvent plus sortir.

Théâtre engagé, Foreman s’accompagne d’un projet de médiation culturelle, que le public pourra découvrir le 26 avril à 18h30. Au cours de l’hiver, 12 hommes non-initiés au théâtre, utilisateurs de services d’organismes communautaires, se sont lancés dans un projet d’écriture avec l’aide d’un mentor professionnel. Leurs textes seront interprétés ce soir-là par différent acteurs: Lucien Ratio, Jack Robitaille, Marco Poulin, Vincent Nolin-Bouchard, Jean-Sébastien Ouellet, Carol Cassistat et Catherine Côté.

  • Évènement gratuit (contribution volontaire appréciée)
  • Réservation : 418 529-2183, en ligne à theatreperiscope.qc.ca
  • En savoir plus sur le projet : bit.ly/2Gi8gGY

En bref:

  • Compagnie › Mon père est mort
  • Texte et idée originale › Charles Fournier
  • Mise en scène › Olivier Arteau et Marie-Hélène Gendreau
  • En programme double avec Les Murailles, les 19 et 20 avril prochain.