Au centre de la scène, Di est installée sur une chaise au centre de carrés imbriqués les uns dans les autres comme dans une mise en abîme. Di vit dans le regard de six personnes et a peur du silence car dans le silence, tout cesse d’exister. Les mots sont la substance même du monde, ils créent le monde et les yeux les mangent.

Dans une langue poétique et forte, Di déroule devant nos yeux qui mangent ses mots le fil de son monde intérieur construit à partir de bribes de conversations réelles qu’elle reproduit en incarnant tour à tour tous les personnages: son frère, ses deux sœurs, son père, sa mère adoptive et le deuxième mari de celle-ci.

On découvre ainsi l’univers de Di: une famille francophone isolée quelque part au nord de l’Ontario, les oiseaux, les arbres, la grand-route, le souffle du vent. L’arrivée de Peggy Bellatus, la représentante d’une compagnie minière, bouleverse ce monde tranquille. Dans le cœur de Di, l’amour et la haine se disputent la première place.

En filigrane, se tissent les thèmes contemporains du désastre environnemental, du pouvoir de l’argent, de l’indifférence devant la beauté du monde qui s’éteint. Les machines meurtrières du père de Bellatus éventrent la terre aimée et saccagent la forêt. Comment aimer encore lorsque la colère étouffe les mots ?

Une voix face au bien et au mal. Une voix effrontée qui affronte la barbarie humaine. Une voix humaine qui résiste. Et l’amour aussi. – Michel Ouellette

Dans une interprétation puissante, avec beaucoup d’intensité et de vérité, Marie-Ève Fontaine prête sa voix aux mots de Michel Ouellette (auteur de pièces théâtre, romans, poésies et livres pour enfants) mis en scène par Joël Bellows (dir. artistique du Théâtre français de Toronto).

À la fois conte surréaliste et fable moderne, le dire de Di met en scène le combat tragique entre la poésie et la froide logique des chiffres. Les mots sont résistances, l’ultime résistance, le dernier refuge, lorsque l’espoir s’éteint. Car, à travers les mots, la beauté survivra à tout.