Le Carrefour international de Théâtre de Québec accueillait hier, pour une unique représentation, la pièce “Tous des Oiseaux” de Wajdi Mouawad. Une pièce-fleuve, où se tricotent et se détricotent les identités personnelles et collectives, et où tout est toujours en mouvement.

Tout commence dans une bibliothèque New Yorkaise où Eitan, jeune juif allemand cartésien et généticien pour qui l’Homme se définit avant tout par ses 46 chromosomes, rencontre Wahida, américaine d’ascendance arabo-musulmane, dont la thèse porte sur l’attachement aux identités perdues au travers de la figure de Léon l’Africain et qui a passé sa vie à ne pas vouloir se définir par ses origines. A la suite d’un souper de Pessah houleux, où Eitan aurait du présenter Wahida à sa famille, le couple en quête de l’origine d’Eitan s’embarque vers Jérusalem, où la géopolitique vient subitement faire éclater leurs corps et leurs âmes.

L’histoire qui se déroule sous nos yeux pendant 4 heures sera un long tissage de fils qui se mêlent, se démêlent, se coupent ou se réattachent, de fils et de pères qui cherchent à en faire. Au coeur de la pièce, la question d’identité: héritée, imposée, culturelle, choisie, collective ou individuelle… Et celle de la généalogie, qui ne se résument pas qu’à la transmission aléatoire des gènes. Et c’est par l’entremise du conflit entre Israël et les palestiniens et les pays arabes que cette question de l’identité vole en éclat. Car personne n’est vraiment ce qu’il croit être. Théâtre des brûlures de l’histoire, l’oeuvre de Wajdi Mouawad nous confronte à ce que nous croyons être au plus profond de nous, à l’amour qui ne guérit pas tout, porté par la plume d’un conteur exceptionnel qui a la chance d’avoir plusieurs heures devant soi pour emporter le spectateur sur les ailes de ses oiseaux.

Un nom sur une pierre
Ça ne dit rien des douleurs et des joies
Tous des oiseaux

Le spectacle a été créé en novembre 2017 à Paris. Interprétée en anglais, allemand, hébreu et arabe, la pièce est surtitrée en français, ce qui est à la fois décontenançant et enrichissant. Mais aussi bonne soit-elle, pour pouvoir être lue par les spectateurs, la traduction se fait concise, ce qui fait malheureusement parfois perdre des nuances intéressantes, car elle ne peut rendre les effets poétiques ou rythmiques d’une langue à l’autre. La scénographie d’Emmanuel Clolus, toute en simplicité et en fluidité, nous transporte de lieux en lieux et d’époques en époques.

Les acteurs sont fantastiques, pleinement habités par leur rôle, jusqu’au salut final. On salue la performance exceptionnelle de Leorah Rivlin, grand-mère acide et pleine de douleur enfouie, et celle de Raphael Weinstock, qui campe un David (le père d’Eitan) muré dans une identité collective et porteuse de la mémoire du peuple juif. Mais tous les acteurs sont formidables, et donnent un souffle incroyable à cette tragédie dont on ne ressort pas sans questionnement sur ce qui nous définit profondément. Qui sommes-nous? D’où venons-nous et qu’emportons-nous avec nous pour vivre notre vie?

Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister au spectacle, Tous des Oiseaux est édité aux éditions Actes Sud/Léméac.