Il est des trésors bien cachés dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Laissez-nous vous en faire découvrir un: Par Apparat confection créative.

Cet atelier, situé à l’étage du 815 rue Saint-Jean, a été racheté par deux femmes, Isabelle et Marie, en 2010. Elles ont repris le flambeau de Line Bussière, fondatrice de Par Apparat en 1986, alors sur Dorchester (jusqu’en 1998), et ont ajouté “confection créative” à leur enseigne. Mme Bussière a été une de leur enseignant(e)s au CNDF, ce qu’elle a continué à faire après avoir laissé l’entreprise aux deux nouvelles propriétaires.

Isabelle Roger s’est formée en design de mode féminine au CNDF. Son parcours était une évidence pour elle. Depuis ses 6-7 ans elle cousait sur la machine de sa mère, elle même ayant été couturière chez Pollack! D’ailleurs, nombre de membres de sa famille sont dans le domaine: marraine, petite-cousine, et même un arrière-grand-oncle. Après un premier stage auprès de Mme Bussière en 1995, elle a été embauchée pour trois semaines, qui sont devenues toute une vie. Sa passion pour son métier transparaît dans ses yeux et sa voix, surtout lorsqu’elle parle de la confection: son étape préférée dans le processus de création d’un vêtement.

Marie Laflamme a elle aussi eu de l’intérêt pour le dessin de vêtements vers 10-12 ans, mais elle a d’abord fait son chemin dans la musique. Finalement elle est revenue à ses premières amours et s’est formée au sein de la même école qu’Isabelle. Après avoir travaillé un an dans un magasin de tissus, c’est en 2002 qu’elle a intégré l’équipe auprès d’Isabelle. Et drôle de hasard (puis pas), elle aussi fut initialement embauchée pour 3 semaines…Marie adore comprendre la mécanique en arrière des choses, et c’est avec effervescence qu’elle parle de l’étape de la coupe. Les patrons de couture, elle adore! La création est aussi une histoire de famille: son père est graphiste, et son oncle confectionne rien de moins que des chaussures.

Aujourd’hui cette entreprise, qui n’est pas une boutique mais bien un atelier, emploie une salariée à temps plein et plusieurs autres employé(e)s occasionnel(le)s et donc contractuel(le)s. L’atelier comporte principalement de la machinerie, et rien de ce qui est confectionné n’est gardé sur place, ni même les tissus ayant servi à la confection, à peine quelques chutes de tissus et quelques patrons. Il n’empêche que les lieux sont bien remplis des commandes en cour de préparation, des mannequins, des grandes tables de couture et des machines: une machine à ourlet invisible, plusieurs machines droites (industrielles) et leur chouchou: une vieille machine à coudre appréciée pour sa robustesse. Bientôt elles seront même équipées d’une machine à recouvrir les boutons ce qui leur évitera des commandes à Montréal.

Elles ne travaillent que sur commande. Quelques-unes viennent du privé pour des robes de mariée ou de bal: deux par années maximum sinon elles manquent de temps. Elles ont quelques contrats pour des uniformes avec l’école hôtelière de la Capitale et le musée de la Civilisation entre autres. Mais ce qui occupe surtout leur emploi du temps ce sont les vêtements de scène. Cette année elles s’occupent de 4 des 5 productions du Trident. Elles œuvrent également pour le Théâtre de la Bordée, un peu pour la danse et l’opéra (La Traviata, jouée cet hiver en Islande, et qui sera reprise ici à Québec en octobre). Elles ont aussi collaboré avec Ex Machina et Flip Fabrique mais surtout pour le cirque du Soleil.

Dans le domaine du costume, elles collaborent étroitement avec les concepteurs de costume et scénographes tels que  Sébastien Dionne, Virginie Leclerc, Denis Denoncourt, Dominique Giguère, et d’autres encore. Isabelle aime comparer ce métier à celui d’architecte pour m’expliquer à quel moment elles, les artisanes de la construction, interviennent dans la réalisation d’un costume; le concepteur amène les idées et les dessins et mêmes les échantillons de tissus. À ce stade il y a un gros travail d’équipe entre elles et lui, notamment sur la faisabilité et l’évaluation des besoins selon l’usage du costume. La personne qui le portera devra-t-elle se mouvoir beaucoup, le costume sera-t-il mouillé, il y aura-t-il beaucoup de changements rapides de costume, etc.? Souvent il faut concevoir le costume de A à Z . Mais, il y a aussi une partie des costumes qui proviennent de morceaux à recycler et donc à réajuster. Pour confectionner plus d’une vingtaine de costumes, parfois très complexes (NDA: je suis restée subjuguée par certains vus au théâtre), il leur faut un mois (seulement!) pour les réaliser. Les costumes sont ajustés à la personne qui les portera, elles ont d’ailleurs une pièce pour l’essayage. À la fin des pièces de théâtre, certains costumes iront dans des costumiers pour peut-être resservir un jour ou être donnés/vendus à d’autres (école, particuliers,etc). Certains ensembles ont été tant portés qu’ils sont trop usés, quasi “brûlés” par la sueur des comédien(ne)s, et devront donc être “jetés” Le recyclage de tous ces tissus est une grande préoccupation actuelle de l’industrie de la scène.

Photo Annick Lemieux, courtoisie Par Apparat confection créative

Petite anecdote: lorsque je leur ai demandé quel était le costume qui les a le plus marqué, elles ont été incapable de me répondre! Elles en font tellement qu’elles les oublient au point de ne pas les reconnaître lorsqu’elles vont au théâtre! Elles ont aussi appris à ne pas s’attacher aux costumes car ceux-ci passent parfois (souvent?) par “la patine”: une étape essentielle que la production de “Les Misérables” a par exemple due faire. Il faut bien rendre crédible les personnages censés être misérables. Cette fois-là, la production a même un peu abusé de la patine au point qu’il a fallu réparer quelques morceaux avant d’aller sur scène avec!

Elles travaillent du lundi au vendredi et tentent de garder des heures de travail raisonnables afin de préserver une qualité de vie de famille et leur santé physique. Ces deux charmantes femmes se feront un plaisir de répondre à vos demandes particulières si tant est que vous les contactiez suffisamment en avance! Elles adorent faire les robes de bal et de mariée mais, on vous le répète, 2 par an maximum! Un truc sympa aussi: Isabelle adore déconstruire votre vêtement préféré et trop usé pour être réparé afin de recréer le même morceau! Vous savez le morceau de linge qu’on regrette de ne pas avoir acheté en double…voilà une belle solution!