La saison 2019-2020 du Théâtre Périscope s’est ouverte le 17 septembre avec Le Miel est plus doux que le sang, de Simone Chartrand et Philippe Soldevilla, qui signe également la mise en scène. Une reprise 25 ans après sa création, qui nous offre une plongée dans l’effervescence artistique des années 1920, où se créait un monde des possibles.

Le miel est plus doux que le sang narre la rencontre de trois génies espagnols au début des années 1920 à la Residencia de Estudiantes à Madrid, et les étincelles intellectuelles qui s’en suivent. La sensibilité de Federico García Lorca rencontre la force brute de Luis Buñuel, qui se voit encore devenir entomologiste, puis leur chemin croise celui du déjà fantasque Salvador Dalí qui voudrait maîtriser les règles pour mieux s’en affranchir. Lolita, chanteuse populaire de cabaret, qui anime leurs soirées et déroule le fil des enjeux historiques et politiques de l’époque, est l’égérie par qui le trio se tient informé du changement qui vient…

La pièce tire son titre d’un tableau de Dalí, “le miel est plus doux que le sang”, qui représente les liens entre les trois personnages, entre l’admiration, la fascination, l’amour et l’amitié. La pièce permet de voir les liens se tisser, se défaire, se reformer, au rythme des changements politiques et artistiques que connaît la période. García Lorca l’Andalou, Buñuel l’Aragonais et Dalíle Catalan sont encore des fortes têtes dont le talent ne demande qu’à éclore, et qui y arriveront chacun à leur rythme. Tout pour ne pas finir “putréfaits” comme les bourgeois qu’ils croisent à l’occasion.

Les amoureux du cinéma muet des années 1920 adoreront la mise en scène qui, autant par la gestuelle comique des acteurs que grâce aux portes qui claquent et au piano d’Antoine Breton, rappelle les péripéties et autres gags qu’un Buster Keaton ou un Charlie Chaplin pouvaient affronter. La distribution est soignée: les acteurs sont expressifs, bourrés d’énergie, et irrésistibles. Gabriel Cloutier-Tremblay donne à Federico García Lorca une délicatesse toute contenue. Vincent Legault met toute sa jeunesse au service la douce folie de Salvador Dalí et Élie St-Cyr campe un Buñuel brut et intense.

Si la première partie présente une trame narrative accessible et relativement linéaire, la seconde est un peu plus déconcertante, empruntant au surréalisme des films de Buñuel. Cela n’enlève rien à la qualité de la pièce, ponctuée par des moments très drôles, d’autres très émouvants et qui donne envie de se plonger dans les œuvres de Buñuel, García Lorca, et Dalí.

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