Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de “Roosevelt Avenue”. 

Nous avions des montagnes à escalader à Vancouver. Nous avions des gens à rencontrer qui n’étaient pas notre parenté. Et pendant leur séjour à Vancouver, Charlotte Reid et ses deux fils ont vécu un mois dans une maison de Burnaby. Dans la cour, c’est mon plus clair souvenir de cette banlieue de verdure, il y avait un panache d’orignal, jeté sur le gazon. Le panache d’un orignal, ou d’un élan. Je frottais ma main précautionneusement sur cette ossature jaune. Il me semble que le gazon était toujours mouillé, à Burnaby. Il me semble, aussi, que notre maison, empruntée à je ne sais qui, était sur un précipice, un précipice pas trop épeurant. En bas de ce précipice … on voyait la ligne des gratte-ciel de la puissante ville de Vancouver.

Vancouver était la ville dont j’ai le plus saisi la saveur dans notre voyage.

Notre maison à Burnaby.

L’herbe mouillée et non-tondue de notre cour.

Les conifères.

Le parc Stanley, d’où vient mon idée de combien vaste il peut être, un parc en ville. Combien il peut être marchable.

Le Lion’s Gate Bridge, visible au loin.

Une visite dans le magasin de … était-ce le père de notre oncle Harold? (Une sœur de notre père avait épousé un Vancouverois nommé Harold. Nous étions, je crois, chez ses parents.)

Le vieil homme, le soir quand on avait fini de souper, a dit : « Et maintenant, les garçons. vous pouvez venir avec moi, on va descendre dans le magasin. On va finir notre souper avec une bonne brique de crème glacée. Vous venez avec moi? »

« Oui! Oui! »

« Oui, on veut. »

Et dans la crépuscule de Vancouver, nous descendons l’escalier, nous arrivons dans le magasin, et nous ouvrons les couvercles du frigo à crème glacée. Nous choisissons un chocolat, mais un chocolat brun-pâle, un goût de chocolat plus subtil que les autres.

À ce souper nous avions discuté d’une expédition.

« Huey Murray va vous amener avec des amis. Vous allez escalader une montagne. Êtes-vous capable, Ian? Tu veux le faire, Malcolm? »

« On veut, on veut! »

Le lendemain, Ian et moi étions attachés — avec Ian en première position! — sur une corde qui liait les grimpeurs ensemble. Ian était premier de cordée.

« C’est pour que l’alpiniste le moins rapide établisse la vitesse de notre ascension, » disait Huey.

Malgré cela, Ian et moi faisions les plus longs et les plus épuisants pas sur la piste. Et graduellement, sur une inclinaison qui faisait autant « forêt » que « montagne », le petit groupe montait. Cette présence de Huey était d’un grand effet d’assurance pour nous. Huey Murray était un ami de notre père. C’était suffisant pour nous. C’était un homme de trente ans, les cheveux blonds ébouriffés. Il était célibataire, il n’avait pas d’enfants, mais il se penchait sur nous comme si on était ses enfants.

« Allez-y les gars. Allez-y doucement. On avance bien. Tiens la corde comme ça, Malcolm. »

(Et ses doigts s’agrippaient à la corde, et les nôtres s’agrippaient à la corde aussi. Et quand les rayons du soleil commençaient à avoir un angle d’après-midi et de soirée, notre petit groupe était au sommet de cette très modeste montagne de la Colombie Britannique).

Retrouvez ici le seizième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright Malcolm Reid