Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de “Roosevelt Avenue”. 

Notre voyage entrait dans une nouvelle phase. Sa phase américaine, ou États-Uniennes. Pourquoi cette phase?

Premièrement, Ewart, mon père, étudiait dans le Midwest des États-Unis, à l’Université du Wisconsin; notre voyage finirait par nous amener là. Deuxièmement, une sœur de ma mère était installée en Californie.

Nous allions découvrir la Californie. C’était notre premier goût de la vie américaine, pour moi et pour Ian. Même petits, nous savions que tout Canadien avait besoin d’avoir une attitude envers les États-Unis. Charlotte était méfiante, elle ressentait la domination culturelle des États-Unis sur le Canada, elle n’aimait pas ça. Ewart était plus embrassant de l’Américanité. Il voulait savoir tous les petits détails des USA. Mais il savait enregistrer un sourire moqueur envers un détail qu’il trouvait exagéré ou fanfaron.

En train, nous traversions le désert du sud-ouest américain. Le jour on voyait des cactus et des tumbleweed sous le soleil brûlant. Parfois l’os crânien d’un bœuf, séché dans le sable. Des années plus tard, quand la chanson à succès jouait à la radio, je savais exactement ce qu’elle voulait dire :

I went through the desert

On a horse with no name …

La nuit il faisait un peu frais. Par les fenêtres du train nous venait un faible vent à travers la noirceur. Nous voyagions sur plusieurs chemins de fer, et mes préférés étaient le Great Northern (avec un bouc-de-montagne debout sur un rocher à son écusson) ; et le Santa Fé. Le Santa Fé avait un écusson plus sobre, une croix rouge sur fond bleu (ou le contraire?) et le lettrage du nom, avec un accent aigu sur le dernier « e ».

Pour moi le thrill était grand. « Ce sont des terrains de cowboys, me disais-je. J’en vois pas. Pourquoi?! Je sais qu’ils galopent par ici. J’ai vu ça dans des films, dans des western. J’ai vu ça dans mon Big Book of Cowboys. » (C’était un livre riche en dessins, en peintures, en couleurs, mais éducatif. Il décrivait les vraies tâches des hommes dans ce métier aventureux.)

Notre objectif: le village de Venice, sur l’océan Pacifique, près de Los Angeles.

Et je me souviens, avec une grande netteté, de notre marche, une fois débarqué du train. Nous marchions vers la ligne de l’océan au loin, sur une terre grise avec peu de végétation. Le bruit de l’océan, mais si bas, si bas.

Vers nous marchait Joe, notre oncle Joe, travailleur des derricks de pétrole, en bleu de travail et casquette d’ouvrier.

Vers nous marchait Madge, la grande sœur de Charlotte, de notre mère. Elle n’avait pas vue Madge depuis le déménagement de Madge et Joe aux États, dix ans avant. J’y pense maintenant : les sœurs devaient avoir une couple de larmes aux yeux, et la famille Clare était reconstituée en ce moment.

Retrouvez ici le dix-septième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright Malcolm Reid