Après presque 15 ans d’existence, l’Espace contemporain fermera à la fin du mois de décembre. Nous avons rencontré son propriétaire, Michel Therrien, un homme heureux d’avoir pu partager son amour pour l’art contemporain pendant toutes ces années.

Une page se tourne dans le quartier: la dernière galerie d’art ferme. Un peu plus tôt que prévu pour son propriétaire, qui avait planifié sa saison d’hiver et de printemps 2020, mais sans amertume et avec le sentiment du devoir accompli.

On apprenait voici un mois que l’immeuble Le Séjour changeait de propriétaire. Un nouveau projet, de condos locatifs devrait voir le jour. Les rénovations, rendues nécessaires par le sinistre de mai 2018 et l’état vétuste de l’immeuble font en sorte que le galeriste et le salon de coiffure qui se trouvent au rez-de-chaussée devaient déménager au moins momentanément. Le galeriste, qui avait prévu de prendre sa retraite au printemps 2020, a donc un peu devancé son projet.

L’Espace contemporain, c’est avant tout l’aventure d’un homme passionné par l’art et le travail des artistes. “J’ai acheté ma première oeuvre à 24 ans. Ensuite, j’ai fréquenté les galeries, les vernissages, les musées… je voulais être proche des artistes, les exposer”. Quand il travaillait encore chez Bell, il consacrait d’ailleurs ses vacances à louer des espaces pour présenter des artistes. Puis il a eu l’envie de le faire en permanence; les restructurations opérées par Bell lui en ont donné l’occasion. “C’est le signal que la vie m’envoyait. J’avais 47-48 ans ans, c’était maintenant ou jamais”. Au début, en 2003, le projet concernait une galerie virtuelle, qui est rapidement devenu bien réelle! Le rêve se concrétise en effet en juin 2005, lorsque la galerie du 313 rue Saint-Jean est inaugurée. “j’ai toujours admiré les créateurs. Être en contact avec eux répondait à ce besoin” nous précise-t-il.

J’avais l’impression de me créer ma job de rêve, mon emploi idéal”. Un travail dont les multiples dimensions permettent de ne jamais s’ennuyer, même s’il faut ne pas savoir compter ses heures: service à la clientèle, communications, découvrir et recruter de nouveaux artistes, organiser des expositions thématiques… Le lieu a ainsi permis de faire découvrir des artistes québécois, et répondait à un réel besoin. “Dès que j’ai commencé, j’étais booké deux ans à l’avance. Ce sont au-delà de 1500 artistes qui ont exposé à l’Espace contemporain en quinze ans”. Au fil des ans, la galerie a proposé des expositions thématiques, permis aux artistes permanents d’exposer leur travail et son évolution, et pouvait être louée 18 semaines par an par d’autres artistes pour présenter leurs œuvres.

Michel Therrien, qui réside dans le quartier depuis 1984 (à l’exception de quelques années passées à Montréal), souhaitait établir sa galerie dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Quand il a trouvé le local, “c’était une belle surprise. Dans ma tête, avoir un local sur la rue Saint-Jean était inaccessible… Je ne voulais pas me ruiner, je cherchais quelque chose qui fasse un peu loft industriel”. Le local, qui était auparavant une friperie, proposait de grands murs, une belle fenestration, et un loyer très raisonnable: le tour était joué. “Je voulais que mon lieu soit accessible, et non mettre des tableaux chers au mur en attendant que l’argent rentre. Je voulais voir les artistes évoluer, notamment les artistes permanents”. Beaucoup de gens du quartier ont fréquenté l’Espace contemporain, un espace accessible pour les artistes, mais également le public, qui pouvait y acquérir une première oeuvre pour un prix raisonnable. La galerie était également fréquentée par les touristes l’été et l’automne.

Et maintenant? “Pendant 15 ans, j’ai vraiment adoré ça, mais ça n’a pas été facile”. Michel Therrien prend sa retraite de la galerie, mais certainement pas du travail. Le Bourdon du Faubourg lui souhaite des semaines de travail raisonnables à partir de 2020 et sait qu’on le recroisera sans doute dans le quartier, où il réside et qu’il a vu évoluer depuis 35 ans. S’il se désole que le quartier soit envahi d’AirBnb et résonne du bruit des valises roulant sur les trottoirs, il a toujours aimé vivre dans Saint-Jean-Baptiste. “C’est un quartier encore agréable à vivre, assez mixte. Je ne me tanne pas. Ce n’est jamais impersonnel, quand on se promène, on croise des gens que l’on connaît, les commerçants nous reconnaissent aussi”.

En attendant, Michel Therrien invite le quartier à se retrouver une dernière fois le 29 décembre, à partir de 13h30 à l’Espace contemporain, pour se dire au-revoir. Les artistes permanents seront là à partir de 15h. C’est un rendez-vous!