Cette année se tenait la neuvième édition du festival du Jamais Lu. Ce festival a pour mission de créer un lien fort entre le public et les artistes francophones, en présentant des œuvres en chantier dans une série de spectacles s’étendant sur 3 jours consécutifs.

Il y a chaque année un festival à Québec, un à Montréal et un à Paris. Cette année, celui de Québec avait lieu du 28 au 30 novembre. En plus de donner un accès privilégié à la scène théâtrale québécoise, le festival offre plusieurs occasions de se questionner sur le monde dans lequel nous vivons, à travers des textes vibrants et émouvants, réunis chaque année sous un thème différent. Cette fois, le thème était « Pour ne pas disparaître ».

Tout de suite en entrant dans la salle, on sent l’atmosphère toute particulière du festival. Les lumières rougeâtres et tamisées, les décorations rappelant le thème (comme un immense dinosaure dans le coin de la scène), le bar au fond, le petit coin librairie, les tables disposées un peu partout au devant de la salle, le public majoritairement composé d’artistes, tous debout et discutant entre eux: tout nous pousse à ressentir cette atmosphère conviviale, chaleureuse et amicale qui est propre au festival du Jamais Lu. On a accès, pendant quelques jours, à un monde incroyablement accueillant, inspirant: comme une grande famille bienveillante, faite d’art et de mots.

Le thème, Pour ne pas disparaître, lie entre eux les différents textes qui ont été présentés pendant le festival. Il est très intéressant d’observer les différentes visions de la disparition qu’ont les auteur.e.s, ce que ça leur inspire. Tous les textes parlent de disparition, mais tous le font d’une manière unique. Il est question de la disparition de la nature, des gens, de l’amour, du monde tel qu’on le connaît, de l’identité, du corps… On y parle de fin du monde, d’apocalypse, de mort, de fugue. Le thème de la disparition est dramatiquement actuel. Dans un monde où tout va vite, où tout est en perpétuel changement, la disparition semble omniprésente dans les esprits. Mais avec l’urgence climatique et la mobilisation de jeunes dans le monde entier en réaction à celle-ci, la nécessité de chercher des manières de ne pas disparaître se fait ressentir plus que jamais. Les mots, et l’art, en font partie.

La pièce d’ouverture du festival s’appelle L’Usine. Elle a été écrite par Laura Amar. C’est l’histoire d’une ville, d’une nature et d’un monde en décrépitude: mais c’est aussi une histoire d’amour entre deux personnages, Joseph et Joséphine, les deux derniers humains vivants sur ce territoire, qui tentent de survivre envers et contre tout, dans un vieil autobus. Laura Amar aborde le thème de la disparition à travers la nature qui se meurt, bien sûr, mais aussi à travers le personnage de Joséphine, qui perd peu à peu ses capacités physiques et le contrôle sur son corps. L’intensité et l’explosivité de Joséphine créent un contraste brûlant avec son immobilité de plus en plus totale. À cela s’ajoute d’intéressantes réflexions sur le deuil, la mort, l’amour, les catastrophes, l’identité, la perte. Le texte était extrêmement puissant et émouvant, en plus d’être très juste et actuel. Cette première pièce lançait le ton pour toutes les autres, qui même si elles différaient parfois beaucoup, étaient toutes aussi ébranlantes et portaient tout autant à la réflexion.

À l’image du théâtre québécois, le festival Jamais Lu nous offre des pièces riches et diversifiées, portées par des comédien.ne.s, des auteur.e.s, des metteur.e.s en scène, des artistes de talent. Le festival célébrera son dixième anniversaire l’an prochain: une occasion à ne pas manquer.

Billet rédigé à quatre mains par Simone Beaudoin et Joséphine Lefebvre-Legault