Les spectateurs n’auront droit qu’à quelques représentations de “Pour qu’il y ait un début à votre langue” au Périscope. L’occasion de voir et d’entendre la parole d’une jeunesse qui se révolte d’abord par les mots, et qui rêve de liberté et d’ailleurs.

Tout commence par la mort prochaine d’un jeune homme, Frédéric. La fièvre et les derniers soubresauts du cancer qui le ronge le replongent dans des instants de son passé, et à son chevet défilent les morts et les vivants. A l’attente se conjugue le silence, qu’il impose au monde (ou presque) et aux siens. Refusant de mourir dans la langue inutile de ses parents, son dernier acte de résistance sera de se taire. Une révolte face à l’époque surchargée de bruits insignifiants, de mots vides de sens qui se répètent en boucle dans la bouche de ses proches, quand Frédéric a peuplé sa vie de poésie pour lui donner un sens, l’emmener ailleurs.

La pièce, d’une durée de deux heures, est ponctuée de scènes où l’émotion est à fleur de peau, tant chez les acteurs (dont on salue la performance à la fois juste et intense) que dans le public. Le texte de Steve Gagnon fait la part belle à une poésie nue, parfois décharnée, abrasive comme une pierre ponce, portée par des personnages dont les traits parfois caricaturaux accentuent le mal-aise et le mal-être dicible ou indicible…

Librement inspiré par l’univers de l’auteur Sylvain Trudel, Pour qu’il y ait un début à votre langue nous donne à entendre une jeunesse prisonnière d’une vie où tout pourrait avoir lieu, mais où rien n’arrive jamais, parce que ceux qui les ont précédés se sont enfermés dans des vies faites de pavillons de banlieue.

Par vengeance d’être mortels vous vous êtes résignés à nous mettre au monde et vous nous mourrez tous les jours dans la face et vous n’avez aucune idée de comment maintenir vos enfants dans la joie vous ne connaissez pas la joie la joie vous a glissé des mains et s’est enfuie honteuse de s’être offerte inutilement le jour où vous avez décidé de vous soumettre à une langue qui décline en milliers de mots le geste d’abandonner.

Initialement programmée du 14 au 25 janvier 2020, la pièce Pour qu’il y ait un début à votre langue sera présentée au Périscope du 21 au 25 janvier 2020 uniquement. En effet, faute d’appui financier suffisant de la part du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline a du réduire le nombre de représentations à Québec, pour permettre un salaire et des conditions de travail adéquates aux artiste de la production. N’attendez pas si vous souhaitez voir la pièce!