La Cartomancie du territoire prend l’affiche au Périscope. Philippe Ducros donne au public l’occasion de regarder en face la réalité des vies autochtones dans le Québec contemporain, et de lui offrir une oeuvre engagées et socialement nécessaire.

La Cartomancie du territoire propose un texte fort, nécessaire, une création théâtrale et vidéographique sur les conditions de vie des autochtone, sur notre rapport aux réserves autochtones et aux réserves naturelles, sur les mécanismes de colonisation des hommes et du territoire.

La cartomancie du territoire dresse un bilan des recherches de Philippe Ducros sur la vie au sein des réserves. Composée de témoignages et de réflexions intimes et géopolitiques, la pièce prend la forme d’un road trip poétique sur la route 132 et la 138. Autour de l’auteur, les comédiens innus Kathia Rock et Marco Collin prennent la parole face au public, la voix tantôt fragile, tantôt assurée. En français, en innu-aimun ou en anglais, la langue des Mi’gmaqs en Gaspésie (surtitrés en français). Trois langues qui isolent, et qui portent aussi en elles la guérison et la dignité.

Par ses dimensions, la projection enveloppe littéralement le spectateur. Ces images, filmées à l’hiver 2018 par le cinéaste Éli Laliberté, nous projettent sur la Côte Nord, entre Pessamit et Ekuanitshit, autour de Mashteuiatsh au lac Pekuakami (le lac Saint-Jean) et en Gespe’gewa’gi (en Gaspésie). Une immersion portée par des textes qui nous permettent de sortir de l’effet carte-postale des espaces du grand nord, et qui nous rappellent qu’un coucher de soleil, aussi magnifique soit-il, n’est rien quand le taux de suicide est trois à neuf fois plus élevé chez les autochtones que chez les non-autochtones.

La pièce nous met en face de notre responsabilité face aux ravages qui touchent certaines réserves, du poids de l’histoire et de l’indignité subies par les peuples autochtones, et nous fait prendre conscience qu’il ne suffit pas d’un coup de baguette magique pour retrouver ce que des siècles de colonisation ont détruit. À la violence subie par les autochtones répond la douloureuse et poétique empathie du texte de Philippe Ducros, qui donne une voix aux personnes rencontrées lors de son périple.

Par sa dimension vidéographique, la pièce nous interroge également sur l’asservissement du territoire, en écho à celui des hommes qui le peuplent. Des terres coupées à blanc, éviscérées pour leurs ressources, sur lesquelles les pipelines remplacent les traces des troupeaux d’animaux qui disparaissent…

On ne saurait trop vous encourager à aller voir La Cartomancie du territoire. Par ses mots, sa mise en scène, la pièce nous rappelle d’où nous venons collectivement, prendre conscience que nous répétons les mêmes erreurs colonisatrices et nous invite à rêver un avenir collectif à l’écoute de l’autre…

Uemut tshika ui tshishkutamatishunan ueshkat ka ishinniunanut eshpish mishat anite

tshissenitamun. Tshetshi kau katshitinamak ka aitiht tshishennuat. Tshika ui

tshishkutamatishunan ka ishinakuak shashish mak e natutakaniti puamuna.

Il faut rouvrir le lien avec l’infini. Avec l’immense. Réapprendre à parler avec les ancêtres. Réapprendre à parler au passé, à écouter les rêves.