Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de « Roosevelt Avenue ». 

Dans le monde du spectacle à Los Angeles, nous voulions voir des choses, mais ah! qu’on était jeunes pour contempler Hollywood.

Ce n’était qu’après ce voyage à travers le continent avec notre mère, quand on serait de retour à Ottawa et on aurait le cinéma Westboro tout près, qu’on pourrait commencer à fabriquer notre liste de stars de Hollywood qu’on admirait. Gary Cooper dans High Noon, James Stewart dans The Greatest Show on Earth, Donna Reed dans It’s a Wonderful Life. Tous des goûts d’adolescents, d’adultes, de grandes personnes — ce qu’on n’était pas encore.

Non, pour nous — et Charlotte le sait — c’est la nature, le soleil, le Pacifique, qui font du mot « Californie » un mot de merveilles. Dans le cinéma américain, même les noms James Dean et Marilyn Monroe ont encore à éclore. C’est pour dire!

Charlotte le sait, tout ça. Alors, dans la petite maison de sa soeur Madge, sur la plage de Venice — où il n’y a pas encore de téléviseur! — elle planifie pour nous un voyage en mer. Nous irons à l’île de Catalina. Nous prendrons le « glass-bottomed boat ». Nous verrons peut-être les requins et les phoques.

Nous nous rendons en ville, nous nous rendons sur le quai. Il y a des musiciens, que je visualise maintenant en mariachis — bottes avec éperons, sombreros noirs, vestes avec décorations en argent. Ils chantent pour nous :

When the swallows
Come back to Capistrano …
Ou était-ce :
When the swallows
Come back to Catalina …

En tout cas, les hirondelles sont évoquées, sinon vues. Cela nous touche, cela nous plaît. Et la coque du navire en verre?? Eh bien … la pénétration jusqu’au fond de l’océan est moins claire que nous pensions. Mais nous passons l’après-midi dans la fraîcheur et la brise, et nous marchons une heure sur l’île au large de Los Angeles. Le mot Catalina s’imprime en nous. Et on revient.

Dans notre voyage vers l’ouest, au milieu de la nuit, sur le train, Charlotte nous avait dit: « Les garçons, dans quelques minutes nous allons être au Mexique. Nous ne serons pas là longtemps. Nous passerons à travers un petit morceau du territoire mexicain — l’affaire de quelques minutes. »

Je me souviens du frisson que cela m’avait donné. Et je pense que mon frère Ian avait eu le même frisson. Mexico! Un autre pays, avec une autre langue. Une magie. Nous traversions un désert depuis 48 heures, mais celui-ci serait du désert mexicain, dans la nuit noire.

Charlotte avait probablement su ça du preneur de billets, et on voulait que ce soit vrai. On voulait pouvoir dire à nos amis: « Nous avons été au Mexique. Juste un petit peu. ». Avec nos faibles notions de géographie, nous ne pouvions pas savoir à aucun moment exactement où Charlotte nous menait, parmi les pays et régions de l’Amérique du Nord.

On était des Canadiens.
On avait vu une grande partie du Canada.
On était maintenant aux États. Nous touchions au Mexique.
On avait vu la grande réalité qui s’appelait l’Océan Pacifique.

Il était temps de faire demi-tour dans notre voyage. Car la partie des États où Ewart Reid étudiait était loin du Pacifique. Ça s’appelait — elle le savait, mais pas nous — le Middle West des États-Unis. Ça s’appelait le Wisconsin.

Nos trains iraient maintenant vers l’est. Mais nous ne pouvions pas quitter la côte du Pacifique sans découvrir un port nommé San Francisco.

On y est arrivé par une matinée ensoleillée du début de l’automne. On arrivait dans une belle ville avec des collines. Le soleil était sur les ocres et les verts des portes. Les toits étaient remarquables aussi, pointus et triangulaires, recevant un soleil moins rôti, moins toasté, plus clair.

Dans cette ville, pour monter des collines il y avait des tramways. Ces tramways étaient aussi des ascenseurs.

C’étaient les cable-cars de Frisco.

Retrouvez ici le vingtième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright Malcolm Reid