Le studio Marc-Doré du Théâtre Le Périscope accueille le Projet HLA, création de l’artiste et mélomane Guillaume Pepin, où la violence intrafamiliale s’expose à nu sur fond de boucles de musique électronique.

C’est un drôle d’objet théâtral que nous présente le Périscope, où la forme compte autant que le fond, et qui bouscule le spectateur dans ce qu’il y a de plus intime: le cercle familial. Le Projet HLA met en scène trois personnage: la mère, le fils, et le père, mort assassiné voici un an. Deux vivants et un fantôme, mais impossible de dire qui est le moins mort des trois, tant le traumatisme laissé par le meurtre et tout ce qui y a mené est encore présent.

Tous les trois revivent la scène fatidique qui les a amenés à tuer le père, les mécanismes de destruction intra-familiale (violence, inceste, manipulation psychologique) qui y ont mené, et d’autodestruction (enivrement dans l’alcool ou la musique) qui ont suivi. Le tout dans un décor à l’esthétique années 1980 totalement assumée, où les néons criards font écho à la brutalité des mots, et où le symbole de l’aquarium prend tout son sens.

La musique, omniprésente, appuie parfaitement le propos. Car tout n’est que boucles, circularités et personnages qui tournent en rond sur de sempiternelles boucles sonores et visuelles. Des boucles qui finissent par découvrir la vérité et faire comprendre au spectateur comment on en est arrivé là. Car le Projet HLA est construit comme un morceau de musique, où la scène du dernier souper avant le meurtre fait office de refrain. Ce qui n’empêche pas une utilisation très intéressante des silences et des murmures, que l’on voit rarement au théâtre.

Le thème en soi n’est pas révolutionnaire, on est dans un classique “familles je vous hais” tel que les auteurs français de théâtre contemporain peuvent nous proposer régulièrement (le texte a été écrit par l’auteur Nicolas Fretel). Mais la mise en scène fourmille d’idées très intéressantes, et les acteurs offrent une prestation tout à fait solide et pertinente, dans la retenue ou l’outrance, qui permet de soutenir efficacement un texte relativement minimaliste, exprimant parfaitement l’incapacité à communiquer qui ronge tant de familles.

  • Du 4 au 22 février 2020
  • Compagnie — La Trâlée
  • Texte — Nicolas Fretel
  • Mise en scène — Guillaume Pepin
  • Distribution — Nancy  Bernier, Carol Cassistat et Vincent Nolin-Bouchard