Avec Hypo, à l’affiche jusqu’au 7 mars, le Périscope nous emmène dans les paysages islandais, où l’immensité rocailleuse permet de mettre à nu l’intimité de deux personnages plus fragiles qu’ils ne veulent bien le laisser paraître.

Tout commence et tout finit par un voyage en Islande, où “il” a décidé de s’exiler pour mourir, loin du monde. Parce qu’il est en train de s’éteindre, il a choisi un pays où l’activité géologique est encore intense. Pour être seul au monde, face aux paysages faits de glace, de geysers ou de volcan. Parce qu’il ne se sent que composé d’atomes, qui ne sont pas différents de ceux des pierres qui composent le paysage islandais. Mais c’est en abordant une jeune femme dans un bus que son voyage, leur voyage, débute réellement. Elle décide de l’accompagner jusqu’au bout. Elle qui voit les paysage dans les visages des hommes, et qui travaille sur leur relations aux volcans actifs… Et c’est à partir de questions et réponses, où l’honnêteté brute, voire brutale, qu’il se dévoilent, couche par couche, angoisse après angoisse…

Comme l’explique l’auteur Nicola-Frank Vachon (qui interprète le personnage masculin), “avoir peur d’avoir mal, c’est avoir peur de vivre. C’est avoir peur de s’engager. S’engager dans l’existence, mais aussi s’engager envers l’autre. Hypo , c’est un peu ça. Un hymne à la vie. À cette vie qui nous rattrape, même si on va au bout du monde pour s’en échapper. Cette vie qui restera toujours, qu’on le veuille ou non, un saut dans le vide”.

Autant vous le dire, on a vraiment beaucoup aimé Hypo et son périple bouleversant. Les thèmes de la peur de l’attachement, des craintes face à la mort sont adéquatement portés par des dialogues à la fois drôles et terriblement touchants, et par une langue contemporaine, juvénile, parfois candide qui sied parfaitement aux personnages. La mise en scène est passionnante, et tout à fait inventive. Les projections vidéos, de paysages ou des personnages eux-mêmes grâce aux prises de vue en direct, donnent une profondeur et une belle unité à l’ensemble, ponctué par de touchantes chansons folk interprétées par Mary-Lee Picknell et Nicola-Frank Vachon. Les textes ont été légèrement remaniés depuis sa première présentation au Théâtre Premier Acte en 2017, est c’est un texte tout à fait mature qui nous est présenté au Périscope.

On a aussi adoré Mary-Lee Picknell, toute en intensité désarmante, excessive juste ce qu’il faut, parfaite complice de Nicola-Frank Vachon, dont la colère finit par percer sous le vernis de réserve et de mélancolie. Après “La Cartomancie du Territoire”, on ne saurait trop saluer la programmation du Périscope, qui nous ouvre les portes de grands paysages et de textes soignés, poétiques et qui nous invitent à nous regarder en face.