Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de « Roosevelt Avenue ». 

Dans un des cable-cars de San Francisco, qui étaient des tramways actionnés par des câbles non pas en haut de la voiture, mais enterrés dans le sol de la ville, le sol de la colline à monter, un incident s’est produit.

Un petit incident.

Malcolm portait un vieux cardigan blanc avec des symboles rouges tricotés dedans. C’était un tricot de l’université McGill, autour de 1933. Ewart l’avait porté.

« Ah! a dit un vieux monsieur assis en face de nous. L’Université McGill, hein? Située dans la ville de Montréal? »

« Why yes, répondait Charlotte. Do you know anything about McGill? »

« J’y suis allé, nous a dit le vieil homme. J’ai étudié là, il y a longtemps. Dans les années vingt. »

C’était la première fois, dans ce voyage, qu’un Américain nous a reconnus comme des Canadiens. La première fois que quelqu’un semblait flairer que nous représentions une unité qui existait dans leur esprit : CA, NA, DA.

Et maintenant, nous étions en route vers notre papa, vers notre famille. Ou, alternativement, en route vers la découverte d’un état appelé Wisconsin, qu’on ne connaissait pas du tout, mais qui allait être NOTRE état, parmi les états des États-Unis.

D’abord il fallait découvrir Chicago. Chicago n’était pas tout à fait dans le Wisconsin, mais Chicago était la grosse ville, la célèbre ville, de notre future région. La région appelé the Midwest. Ewart avait eu affaire à Chicago avant le début de notre voyage, et nous avait envoyé une carte postale à Roosevelt Avenue. Une carte de l’Art Institute of Chicago avec le tableau du facteur en uniforme bleu, de Vincent Van Gogh. « L’homme qui vous a amené cette carte, les gars, ressemblait-il à cet homme-ci? » écrivait-il. C’était notre découverte de Van Gogh. Et dans notre séjour a Chicago, Ewart est venu de Madison, il voulait passer un peu de temps avec nous. Il nous a amené dans une grande salle remplie de trains en modèle réduit, une exposition ferroviaire mondiale, tenue dans le grand carrefour des chemins de fer qu’était Chicago. Ewart, un économiste des moyens de transport, nous a guidés avec enthousiasme. Après, il fallait qu’il retourne vite à ses études au Wisconsin.

Et ainsi il a manqué nos vraies grandes activités « chicagoanes ». Une visite au Lincoln Park Zoo, où on a vu un gorille légendaire, Bushman. (Bushman, obèse, tapi dans le fond de a cage, était de toute évidence fatigué de la vie de zoo.) Deuxièmement, un match de baseball! Un match des Chicago White Sox! Et troisièmement, un séjour en plein soleil à la Buckingham Fountain.

Cette fontaine est resté dans mon esprit comme la plus belle chose au monde. L’eau faisait ses sauts en l’air. Des adultes jouaient au catch avec un baseball — ou un softball peut-être. La brise arrivait du lac. Et la moitié des gens des alentours étaient noirs. Ian et moi étions en train de découvrir pour vrai la présence de l’Afrique au cœur des États-Unis. Ces noirs et noires — ils étaient, pour nous, extraordinaires d’étrangeté … de beauté … d’aisance dans leurs gestes … Ils étaient tout ça pour les deux frères, je pense! Ils se déplaçaient avec entrain. Sur la pointe des pieds, il semblait. Ils se déplaçaient en sandales, en chaussures-sport. Et en jeans.

Oui, le baseball des ligues majeures allait être le clou de notre Chicago. Bien sûr. Même Charlotte, la fille du Manitoba, éprouvait un thrill en entendant l’air de —

Take me out to the ball game
Take me out with the crowd …

Oui, voir les White Sox jouer au stade Comiskey, ça allait être classe. Mais rien ne pouvait battre le plaisir de se mêler librement aux gens de Chicago, dans les premières ombres de l’après-midi, près de la grande fontaine sur le bord du lac Michigan.

Retrouvez ici le vingt-et-unième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright Malcolm Reid