On s’en rend compte assez vite lorsque l’on s’aventure sur la rue Saint-Jean et dans les rues adjacentes: les commerces ferment les uns après les autres. Nous tentons ici de faire un état des lieux, en sachant que la situation évolue chaque jour.

En entretien téléphonique, Marie-Noëlle Bellegarde-Turgeon, directrice de la SDC Saint-Jean-Baptiste, nous dit d’entrée de jeu que c’est “pas mal le pire scénario” qui est en train de se réaliser. Dès le début de la crise, les 7 sociétés de développement commerciales se sont relevées les manches pour travailler ensemble. Communications quotidiennes avec les commerçants, sondage pour connaître la réalité du terrain, les enjeux sont importants, et on se démène en coulisse (et à distance) pour trouver des solutions.

Dans le Faubourg, une quarantaine de commerces ont fermé temporairement, sans compter toutes les institutions culturelles comme les théâtres ou salles de spectacle. En 48h, ce sont 221 personnes qui ont été mises à pied rien que dans les commerces membres de la SDC, le plus grand nombre de mises à pied au sein de toutes les SDC. Même si les programmes d’aides, québécois et fédéral, sont annoncés, cela représente un énorme stress et des démarches pour les employés, qui sont souvent nos voisins. Et 80% des commerces qui n’ont pas fermé ont réduit leurs horaires, ce qui implique une baisse de salaire ou du temps partiel pour beaucoup. Certains ont choisi de rester ouverts en respectant des normes draconiennes, et en offrant la livraison à domicile. Le Bourdon ne fera pas le décompte de qui reste ouvert pendant cette période, mais invite les lecteurs à aller sur les pages Facebook des commerces en question, ou les appeler avant de se déplacer.

Un commerçant du quartier nous parle de son expérience. “Dans mon cas depuis mercredi passé c’est plein d’annulations. Je tourne au ralenti depuis. Les consignes du mètre de distance étant non-réalistes dans mon métier, beaucoup ont fermé finalement, même si techniquement nous n’avons pas eu la demande de fermer. J’aurais préféré avoir la consigne claire: tout le monde ferme (sauf épicerie/pharmacie) et restez chez vous. Surtout que certain(e)s clients sont insouciants (reviennent de voyage et passent nous voir! Vont dans les bars, etc…). Difficile de prendre la décision de fermer”.

La situation est difficile, voire dramatique, pour de nombreux entrepreneurs. Pour la plupart des commerces, le point de rupture se situe à deux mois de fermeture, si leur trésorerie le leur permet. Beaucoup moins pour les jeunes commerces, qui sont plusieurs à avoir ouvert récemment sur la rue Saint-Jean. Selon les résultats du sondage, 60% des commerçants estiment qu’au-delà de deux mois, il leur faudra fermer définitivement. Le commerçant à qui nous avons parlé ajoute que “certains commerces ne pourront se relever c’est une évidence. Même avec une aide gouvernementale, les factures/dettes vont se cumuler et les consommateurs ne seront pas tous de retour (certains n’auront plus les moyens). Dans mon cas je vais profiter de mon temps libre pour être plus avec ma famille et faire du bénévolat (de bras)”.

On veut rester calmes. Nous avons eu une rencontre virtuelle avec le service du développement économique de la Ville” nous dit Marie-Noëlle Bellegarde-Turgeon. Ceci a pour but de prévoir plusieurs mesures permettant d’adoucir la situation, mais on ignore encore jusqu’où la ville peut ou veut aller. “Nos demandes vont de l’étalement et/ou prolongement des dates butoirs pour le paiement des taxes non résidentielles à la retenue de l’envoi de la facture de cotisation à la SDC au 1er juillet en passant par le paiement différé des différents permis”. Irait-on jusqu’à un congé de taxes, dont on sait le poids qu’elles peuvent avoir sur nos commerces locaux?

Tout le monde est en mode solution, pour l’immédiat et la reprise. “J’ai une collectivité très créative dans Saint-Jean-Baptiste” nous dit Marie-Noëlle. “On essaie de penser à l’après. Notre souci principal sera de relancer, mais il faut qu’il y ait encore des commerces”. Pour le moment, on attend. Des actions de solidarité entre commerçants se mettent en place. Les Vélo Roy-O ont par exemple offert aux commerçants de Saint-Jean-Baptiste, Cartier et du Vieux Québec d’effectuer des livraisons à vélo pour eux. Plusieurs commerces de bouche ont remis leurs invendus à Moisson-Québec ou d’autres organismes.

Notre quartier n’avait fort heureusement pas d’événement hivernal prévu, impliquant des rassemblements, ce qui n’est pas nécessairement le cas des autres quartiers. “On continue à travailler pour l’été” nous dit Marie-Noëlle, qui est en mode gestion de crise pendant que sa collègue prépare la suite.

Nous avons fondé le Bourdon entre autres pour promouvoir la consommation locale et la solidarité à l’échelle du quartier. Pour le moment, nous sommes comme nos lecteurs, confinés chez nous ou réduisant nos sorties au minimum. On croise les doigts pour espérer que la tempête passe et que tout le monde se relève d’ici quelques semaines. Et nous serons là pour vous informer de la suite.