Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de « Roosevelt Avenue ». 

La ville de Madison, au Wisconsin, est marquée en moi, très fort. C’est une de mes home towns. Elle m’a éduquée, au moins un peu. Et pourtant je ne me rappelle pas du moment de mon arrivée à Madison.

C’est à cause de Badger.

Le badger, c’est le blaireau, l’animal emblème de l’état du Wisconsin. Et Badger est une petite localité en banlieue de Madison, et c’est d’abord là qu’on a vécu. On était placés dans une résidence universitaire ou un HLM. C’était militaire, institutionnel, hyper-planifié. Mais c’était confortable.

On a passé de bons moments là. Un photographe est venu photographier Malc et Ian. Il nous a rendus si beaux, si jolis! C’était gênant. La photo me gêne encore aujourd’hui quand je la vois.

Et un invité noir, un confrère de classe de Ewart à l’Université du Wisconsin, est venu souper avec nous. Il s’appelait Charles.

(Ewart s’organisait toujours, chez nous sur Roosevelt Avenue, pour inviter des collègues d’autres nations, des confrères du Commonwealth en tournée canadienne. Des économistes agricoles comme lui. UN de ceux-ci, un homme de l’Inde, a poivré sa soupe très solidement. La soupe rouge que Charlotte avait préparée était couverte de grains de poivre noirs. « Tu prends tout ce poivre?? » demanda Ian. « Elle ne deviendt pas trop piquante pour la manger, la soupe? » demanda Malcolm. « Pas pour moi, a-t-il répondu. Pour moi c’est parfait ».)

L’étudiant noir venu chez nous à Badger – il nous fascinait moi et Ian. Nous le questionnions. « Pourquoi tes mains sont-elles brunes, nous luis demandions, toutes brunes… sauf les paumes qui sont plus pâles? ».

« C’est comme ça, les gars, dit Charles. C’est leur couleur ».

« Tu ne peux pas les laver? », on persistait.

« Si! Je les lave, mais elles restent brunes ».

On était dans un autre pays, et on était curieux de tout. Baraboo, une petite ville au nord de Madison, semblait être entourée de beaucoup de légendes indiennes. À Racine, sur le Lac Michigan, se publiaient des livres pour enfants, comme Gulliver’s Travels. Et Milwaukee! Milwaukee était la vraie grande ville de l’état. Et même Badger avait des choses qu’on connaissait peu.

Il y avait des jardins autour des baraques, avec des zinnias qui fleurissaient en été. Le zinnia est devenu ma fleur préféré.

Mais Badger n’était que temporaire. Ce n’était pas vraiment Madison. Ce n’était pas le campus où Ewart étudiant.

On avait une autre résidence qui nous attendait dans cette ville, et à la fin de l’été 1950, quand le magazine Time titrait « America at half-century« , on est entrés dans cette résidence. C’était une grande maison en haut du stade de football, maison d’un professeur qui était en sabbatique. Pendant qu’il était absent avec sa famille, des étudiants louaient la maison, la partageaient.

C’était sur la grandiose rue appelée « Summit Avenue« .

Retrouvez ici le vingt-deuxième chapitre de Roosevelt Avenue.

Copyright Malcolm Reid