Quelques heures avant d’En faire l’annonce publique en conférence de presse, la Ville tenait une réunion d’information à destination des résidentes et résidents du quartier, afin de leur présenter les développements dans le projet de transports en commun.

Une trentaine de personnes ont participé à cette réunion, dont l’objectif était de prendre le pouls de la population. Sans toutefois en faire une consultation formelle, la rencontre a permis de passer en détail les divers changements concernant Saint-Jean-Baptiste; plusieurs citoyennes et citoyens ont fait part de leurs inquiétudes face aux annonces du Bureau de projet.

Temps de pandémie oblige, la réunion s’est tenue virtuellement. La Ville avait fait distribuer près de 1600 invitations dans la partie nord-est du quartier, celle qui se trouve la plus directement concernée par les modifications apportées au tracé du tunnel du tramway. Elle a également modifié l’emplacement des stations.

Un tunnel sous le Faubourg

Le tunnel ne passera plus sous la Côte d’Abraham mais bien sous le Faubourg, tel qu’on peut le voir sur le plan ci-dessous. Une annonce qui a suscité des appréhensions de la part de plusieurs personnes présentes, qui craignent des nuisances lors de la construction, et une fois que le tramway sera en fonction.

La Ville a défendu le choix du tunnel à cet endroit, face aux solutions de surface. En effet, l’inclinaison peut atteindre jusqu’à 12 % sur la Côte d’Abraham, et le modèle de tramway choisi (à roulement sur fer) ne peut que franchir des pentes de 6 à 9 %. Par ailleurs, le tunnel, qui sera long de 2,5 kilomètres) permet de réduire les impacts sur la circulation Côte d’Abraham.Dans les derniers mois, la Ville a travaillé à optimiser le tracé souterrain, pour répondre aux besoins des usagers résidant ou se destinant au secteur, concilier les contraintes techniques et géologiques, et faire en sorte que le tramway ne soit pas ralenti par de trop nombreux virages (le tracé compte désormais deux courbes / contre-courbes au lieu de 5). Pour appuyer les modifications au tracé, la Ville dit également avoir voulu maintenir la mixité des fonctions urbaines, veut accroître et soutenir la fonction résidentielle du quartier, consolider et densifier le tissu urbain, et favoriser les déplacements actifs et le transport en commun. Elle dit avoir pris en compte la proximité du site du patrimoine mondial de l’UNESCO (en évitant notamment de creuser Place d’Youville) et favoriser l’artère commerciale de la rue Saint-Jean.

Si le passage de tunnels sous des zones résidentielles est une chose habituelle dans le cadre de projets de transports en commun (comme à Montréal), la Ville a effectué plusieurs forages depuis 2019 pour connaître la qualité du sol dans le secteur, et conclut que 80 % du sol est favorable à un tel projet. Les deux campagnes de prélèvement ont permis de réaliser plus de 60 forages, à des profondeurs allant entre 15 et 40 mètres. Le bureau de projet s’attend à avoir 20% du tunnel dont les conditions seront plus difficiles, et pour lesquelles il faudra adapter les méthodes de fracturation du sol (probablement plus vers le sud du quartier, au niveau du Centre des congrès). On promet une surveillance accrue, notamment des niveaux de vibration, et des inspections régulières du chantier.

Comme on le voit ci-dessous, le tunnel rentrera au niveau de l’ascenseur du Faubourg, et bifurquera immédiatement à gauche, pour passer sous la rue Sainte-Marie, la Côte Sainte-Geneviève et la rue Saint-Augustin. Sa profondeur variera entre 40 mètres (peu après le point d’entrée) et 15 mètres sous la rue Saint-Augustin (ce qui représente la hauteur d’un édifice de 3-4 étages).

Source: Ville de Québec

Des inquiétudes

Plusieurs personnes s’inquiètent des impacts du tunnel, tant lors de sa construction qu’une fois le tramway en usage. Un citoyen a mentionné que la construction de l’Hôtel Palace Royal en 1999 avait fait fissurer des édifices sur la Côte d’Abraham. Plus récemment, la construction du Tandem (et le dynamitage du sol) avait possiblement provoqué des fissures dans quelques édifices sur Turnbull. Pour des personnes assistant à la rencontre, les inquiétudes sont d’autant plus grandes qu’il s’agit de la première fois que ce nouveau trajet est évoqué, et que les travaux doivent débuter dans les 2 ou 3 ans à venir. Trois techniques d’excavation sont possibles, et le choix en reviendra au consortium sélectionné pour la construction. On parle actuellement de forage-sautage (qui consiste à fracturer le sol à l’aide d’explosifs, deux fois par jour entre 6h et 9h et entre 16h et 19h, et qui est celle qui suscite le plus d’inquiétudes), d’utiliser une haveuse (machine à attaque ponctuelle), ou d’un tunnelier, cette dernière solution étant beaucoup plus coûteuse que les deux précédentes. Peu importe les méthodes utilisées, la Ville prévoit des mesures d’atténuation du bruit, des poussières, des vibrations et des éventuelles émanations de monoxyde de carbone.

Avec un passage prévu aux 4 minutes en période de pointe, les vibrations lors du passage du tramway sont une autre source d’inquiétude pour les résidentes et les résidents. La Ville assure qu’il n’y aura aucun impact vibratoire sur les bâtiments à usage courant, mais doit encore faire des analyses détaillées pour caractériser les propriétés dynamiques et vibratoires. Quelques sites plus sensibles, comme l’INRS (à cause de la présence d’instruments scientifiques de pointe et très sensibles) ou le Grand Théâtre (dont la salle Octave-Crémazie se situe sous le niveau du sol) ont été identifiés.

Des précisions sur les stations

Autre nouvelle importante: des trois stations prévues initialement dans le quartier, il n’en reste que deux, qui sont déplacées. Exit la station place d’Youville, la station se retrouvera désormais à l’angle de Saint-Jean et d’Honoré-Mercier, permettant le lien entre la rue Saint-Jean, la Place d’Youville et le Centre des Congrès; sa construction devrait ainsi nécessiter des expropriations (on ignore à quel endroit exactement). Une autre station se situera au pied de l’édifice gouvernemental Marie-Guyart, et se substitue aux deux stations premièrement envisagées au Centre des Congrès et au Grand Théâtre. La station suivante se situera à l’angle Cartier / René-Lévesque, à la place de l’ancienne station-service.

Pour concevoir les stations, la Ville s’est appuyée sur des principes de sécurité et de visibilité, d’accessibilité (minimum d’un ascenseur par station). Elle a également souhaité les connecter au réseau piétonnier, et réduire les temps de connexion aux autres modes de transports en commun. Les aménagements extérieurs sont prévus pour s’harmoniser avec le contexte environnant immédiat, offrir des espaces verts, et offrir des espaces lumineux. Si le projet n’est pas avancé pour la station de la rue Saint-Jean, le Bureau de projet a déjà des esquisses pour la station de la Colline parlementaire et celle de Cartier. Il ne s’agit que d’ébauches pour le moment, et les concepts pourraient évoluer.

Station de la Colline parlementaire. Source: Ville de Québec.

Station Cartier. Source: Ville de Québec.

Le dessin ci-dessous présente l’aménagement d’une station souterraine.

Échéancier

Le Bureau de projet achève ce mois-ci la conception préliminaire du projet. A partir du 6 juillet débutent les audiences publiques du BAPE. L’appel de proposition devrait être fait à la fin de l’été 2020. Mais quand les travaux débuteront-ils? Pour le moment, il est prévu que les premiers travaux d’importance débutent en 2022. Les travaux d’excavation devraient durer de 30 à 36 mois, auxquels il faudra rajouter les travaux d’équipement des tunnels, puis la construction des stations. En clair, le Faubourg se prépare à connaître au moins 5 ans de travaux. 

La Ville assure vouloir continuer à communiquer régulièrement avec les citoyennes et les citoyens, qui sont invités à consulter régulièrement le site du Réseau structurant pour suivre les développements du projet.