Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de « Roosevelt Avenue ». 

Deux autres souvenirs forts de notre séjour à Madison, capitale du Wisconsin … Vie amoureuse et vie de camaraderie!

À neuf ans et demi, je me sentais un garçon à la recherche d’amitié, et non pas un homme à la recherche de romance.

Mais les Américains semblaient penser que la romance était tout à fait à propos pour notre âge, pour la troisième année à l’école. Et une petite fille, du nom de Fritzi, a exprimé un béguin pour moi. Fritzi était jolie, elle était gentille. Elle m’offrait sa main à tenir, et ses parents aussi semblaient aimer l’idée d’une romance entre leur fille et le petit Canadien qui séjournait à la Randall School.

Dessin Malcolm Reid – Reproduction interdite.

J’étais touché, j’étais flatté, j’appréciais l’ouverture américaine envers moi, le petit Canadien. (Je connais un garçon de huit ans et demi, et qui dit, « J’ai pas hâte d’être adolescent. Ça semble difficile, être adolescent. » J’étais comme ça.) On se tenait la main parfois, moi et Fritzi, et je souriais, et Fritzi souriait. Mais je ne me sentais pas assez grand pour cette romance, j’aurais aimé la mettre au frigo pour plus tard.

Fritzi! Tu étais une fille que n’importe quel garçon aurait été fier d’avoir comme blonde! Et j’étais fier. Si seulement j’aurais osé te poser des questions, et apprendre qui tu étais… Si seulement nous avions eu 15 ans plutôt, et l’ère du rock’n’roll déjà arrivée … Cette année-là, à Madison, cela me semblait très loin dans l’avenir.

Mon visage devait exprimer mon étonnement que quelques-uns nous voyaient comme amoureux déjà. Pour moi ça faisait partie de leur Américanité.

Le male bonding, par contre, j’étais là-dedans, depuis longtemps. Dans cette camaraderie entre mâles qu’on dit fondamentale à notre nature. Et là, c’était une famille du nom de Zimmerman qui était mon pôle d’attraction. Les Zimmerman, et le mouvement scout.

Ce mouvement de jeunes était d’origine britannique, mais il était solidement implanté aux États-Unis. Avec des modifications au modèle de Baden-Powell, cependant! Là où les Louveteaux canadiens s’imaginaient Indiens de l’Inde, comme Mowgli, petit gars dans les œuvres de Rudyard Kipling … les Louveteaux américains s’imaginaient Indiens des Amériques. Et les Louveteaux, ou scouts juniors, étaient aux États un mouvement beaucoup plus autour du foyer, de la famille. (Et pas lié aux églises et aux paroisses, comme au Canada.)

Les Louveteaux américains n’avaient pas les cris cérémonials des Louveteaux canadiens (DYB DYB DYB — « Donne ton meilleur effort!  — DOB DOB DOB — « Nous donnerons not’ meilleur effort! »). Mais je savais que l’idéal était le même.

J’avais un ami à l’école, Peter Zimmerman, et c’est lui qui m’a demandé de rejoindre sa meute de Louveteaux. C’était sa mère, Madame Zimmerman, qui était la Den Mother.

Ce rôle était important dans le scoutisme américain. Il voulait dire que la Meute se réunirait à la maison des Zimmerman, et la maman de Peter offrirait son influence à tous les garçons. C’était une belle femme de la classe moyenne de Madison, c’est tout ce que j’en savais. Peut-être que les Zimmerman étaient juifs? Peut-être que Monsieur Zimmerman avait un lien avec l’université, comme les Reid? Dans une college town comme Madison, la communauté juive est toujours importante. Mais à l’époque je ne savais rien du judaïsme et je ne sais pas si j’étais en train de découvrir quelque chose de la vie juive aux États-Unis.

Les Zimmerman étaient chaleureux. Il y a eu un moment où Madame Zimmerman a deviné une détresse en moi, et m’a entouré de ses bras. J’ai senti sa joue contre mes cheveux.

Et ce jour-là, ma mère était venue me chercher chez les Zimmerman, une famille qu’elle aimait bien, qui nous avait fait découvrir le scoutisme dé-Kiplingisé.

« Peter, a dit Madame Zimmerman, aide-moi à servir ces sandwichs à Madame Reid et aux garçons, veux-tu? »

Retrouvez ici le vingt-cinquième chapitre de Roosevelt Avenue.

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