Avec Manque(s), Premier Acte ouvre la saison théâtrale en dispersant ses scènes dans l’espace urbain, proposant une réflexion réussie sur la façon dont chacun fait face au manque ou à l’absence.

Le public est guidé dans un parcours de quatre tableaux extérieurs, des stations d’une durée de 15 minutes environ. Quatre façons différentes d’aborder le manque, l’absence, la carence, l’imperfection, tout en vivant au sein d’une société qui nous engloutit sous les biens ou sous l’obligation de se réaliser individuellement. Tous les tableaux présentent les réflexions intérieures de différents personnages, dont les voix sont diffusées par le biais de haut-parleurs (et qui feront l’objet de baladodiffusions par la suite).

Dans “Cul-de-sac”, on s’interroge sur la possibilité d’être “assez” ou juste “correct” pour suffire en tant que personne, avec une savoureuse réflexion sur ce que l’on met dans un prénom. Dans “Mi-figue, mi-raisin”, le tableau qui fait le plus écho aux temps de pandémie, on s’interroge sur la crainte du manque, le stockage de biens pas juste matériels, et la normalité de vivre reclus. “Bleu Renée” est le tableau le plus émouvant, où la petite-fille d’une nageuse se remémore tous ses souvenirs avec sa grand-mère, dont la maladie fait disparaître peu à peu la mémoire et la personnalité. Une eulogie à la mémoire d’une personne pas encore disparue mais qui n’est déjà plus là. Enfin, le caustique “De l’importance de se brosser les dents” (avec un portrait cyniquement délectable d’un médecin-athlète-astronaute-sauveur du monde) nous rappelle combien nous vivons sous l’injonction de s’accomplir individuellement, parce que quand on veut, on peut… Oui, mais…

La compagnie Théâtre Escarpé aurait du présenter Food Club à Premier acte l’hiver dernier. Annulée dix jours avant la première, la pièce n’a pas pu être représentée en septembre sous une forme satisfaisante. “On nous a cependant offert une opportunité de créer un tout nouveau spectacle, en deux mois et demi, top-chrono. Il était alors important pour moi ainsi que pour le reste de l’équipe de Théâtre Escarpé de puiser à même le talent créatif de l’équipe de Food Club, et de mettre à profit les sensibilités de tous les artistes qui la composaient” dit Samantha Clavet, co-directrice artistique du Théâtre escarpé.

Bien entendu, la pandémie et le confinement occupent une large place dans les thématiques abordées, mais il s’agit plus d’un point de départ pour une réflexion plus générale sur l’absence et la façon dont nous tentons d’y faire face. Et c’est vraiment réussi. On sent que chaque tableau pourrait à lui seul être approfondi et faire l’objet d’une oeuvre à part entière. Chaque scène nous invite à réfléchir sur la façon dont on peut combler le vide plus ou moins vertigineux qui se crée en nous, par les objets, les mots, les souvenirs…

L’extérieur du centre Frédéric-Back ou ses abords immédiats ouvre de multiples possibilités scéniques réellement bien exploitées. Façade, stationnement, parc ou conteneurs, l’espace est utilisé à son meilleur, et le spectateur se retrouve plongé dans des réflexions intimistes. Un peu comme si “Où tu vas quand tu dors en marchant” s’était doté d’explications de textes. Bref, on a beaucoup aimé, et on vous encourage à prendre votre petite laine et sortir un soir pour aller voir Manque(s)!

Informations pratiques

  • Du 15 au 26 septembre, relâche les 20 et 21 septembre.
  • 5 départs aux 15 minutes de 20h à 21h
  • Réservation obligatoire
  • Contribution volontaire suggérée de 20$.
  • Port du masque fortement recommandé.