Le comité populaire Saint-Jean-Baptiste organisait ce dimanche 18 avril une manifestation en souvenir du Sommet des Amériques, qui s’est tenu à Québec en avril 2001 et qui a marqué profondément le quartier et les militant‧e‧s. Reprenant un tracé similaire à une manifestation organisée par le Comité le 17 mars 2001, la marche a été animée de plusieurs prises de parole militantes, de chants par les Amères Noëlles, et illustrée de pancartes reprenant des slogans historiques ou arborant des photos de l’époque.

Du 20 au 22 avril 2001 déferlaient dans la ville de Québec des milliers de manifestants et manifestantes, de partout à travers le monde, opposé·e·s à la zone de libre échange pour les Amériques (ZLÉA) que tentaient de conclure les 34 chefs d’États réunis pour l’occasion. Le Faubourg Saint-Jean Baptiste est le secteur qui a vu circuler sans doute le plus grand nombre de manifestants, et qui s’est retrouvé, bien malgré lui, au cœur de l’action. « Il nous semblait important de se donner un espace pour commémorer un événement aussi marquant » a expliqué Marie-Ève Duchesne, permanente du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.

« Les mobilisations du Sommet des Amériques, ce sont des victoires pour plusieurs militants et militantes. Si on pense à tout le travail réalisé et les convergences qui ont été possibles entre les différentes organisations politiques et sociales et des groupes affinitaires anticapitalistes, on peut y voir de nouvelles façons de s’organiser qui n’existaient que peu ou pas avant. Le Sommet des Amériques, c’est le souvenir de mobilisations d’une envergure jamais égalée auparavant en nombre de personnes qui ont pris la rue. C’est aussi la ZLÉA qui n’a jamais vu le jour » a affirmé Maxim Fortin, ancien militant de la CASA (Comité d’accueil du Sommet des Amériques). « On sentait dans l’air la fébrilité comme l’appréhension, et surtout la solidarité. Saint-Jambe accueillait le monde à bras ouverts. Personne ne se doutait des dégâts qui viendraient après mais on sentait qu’on faisait partie de l’histoire » a également déclaré Nadia Beaudoin, qui militait et siégeait alors sur le conseil d’administration du Comité Populaire.

Si ce moment de mobilisation est important d’un point de vue altermondialiste et anticapitaliste, pour les résidents et résidentes du quartier Saint-Jean-Baptiste, le souvenir de cette fin de semaine est marqué par des attaques directes au droit de manifester et de circuler. « Après toutes ces années, il suffit de prononcer cet événement pour sentir la colère, l’indignation mais aussi la solidarité qui animent les personnes qui l’ont vécu. On nous parle du mur qui a défiguré et entravé le quartier pendant de nombreuses semaines, les odeurs de gaz lacrymogènes sur plusieurs mois, le bruit des hélicoptères, tout ça est encore bien présent » mentionne Mme Duchesne. Le mur, ou plutôt le « mur de la honte », était long de 3,8 km. Il avait été érigé dans la semaine du 1er avril dans Saint-Jean-Baptiste et le Vieux-Québec, fermé quelques jours avant le Sommet, et encadrait le périmètre où se réunissaient les chefs d’état. Il avait fini par céder à quelques endroits, notamment au coin de René-Lévesque et Claire-Fontaine le vendredi après-midi. Un geste symbolique, puisque seul un petit groupe s’est avancé de quelques mètres à l’intérieur du périmètre et a confronté la police. D’autres brèches dans la clôture ont été faites ensuite, que ce soit sur d’Aiguillon, Saint-Jean ou des Glacis.

La journée du samedi est probablement celle qui a le plus marqué les résidentes et résidents du Faubourg, puisque le quartier s’est retrouvé gazé à grande échelle lorsque les forces de l’ordre ont commencé à lancer les canettes de gaz à l’horizontale contre des groupes de manifestants, et passant près de de 5000 canettes de gaz et 900 balles de plastique en moins de 48h. Les logements et les rues ont subi de fortes concentrations de gaz pendant une période assez longue, la poussière étant restée pendant des semaines, voire des mois dans certaines entrées. « Malgré les discours, pendant le Sommet, la police n’a fait aucune distinction entre manifestants et résidents. Elle a mis tout le monde dans le même bateau en gazant et blessant tout le monde sans discrimination. C’est ça qui fait du Sommet un traumatisme. Pendant trois jours, les gens n’étaient plus en sécurité dans leur quartier et ce à cause de la police qui pouvait décider de leur tirer une grenade lacrymogène ou une balle de plastique n’importe quand. Pas moyen de s’échapper ni d’avoir la paix deux minutes, le Sommet nous suivait jusque dans nos logis avec le bruit, les gaz et même quelques «accidents» de grenades qui atterrissent dans des appartements » a déclaré Nicolas Lefebvre Legault, ancien coordonnateur du Comité Populaire. Résidente de la rue Lavigueur à l’époque, Stéphanie Michaud a subi de plein fouet ces gaz alors qu’elle manifestait pacifiquement, et qu’elle a par la suite aidé plusieurs personnes qui souffraient également des conséquences des gazages. « Je ne m’en suis jamais complètement remise, quelque chose s’est brisé en moi. J’ai un peu beaucoup perdu confiance en notre système, que ce soit international ou local. Ça a aussi fait germer en moi mon besoin de militantisme. Ça a pris un moment avant que je retourne dans une manifestation. Mais la vie a fait son chemin » mentionne celle qui s’implique désormais activement au sein du Comité populaire.

« Cette prise de parole de militants et militantes ou de résidents et résidentes nous montrent la résistance toujours présente dans le quartier. Et cette résistance est encore et toujours nécessaire. Dans un contexte où on nous parle de privatisation des services publics, d’optimisation et d’austérité depuis plus d’une décennie, il est important de se rappeler que ces discours se placent dans un courant économique de droite. Tout comme celui de la ZLÉA à l’époque. Notre filet social est mis à mal et la planète nous envoie des signaux plus qu’inquiétants. Qu’attendons-nous pour faire « tomber le mur » une nouvelle fois ? », a ajouté Mme Duchesne en fin de manifestation.