Nous publions chaque mois un extrait de l’autobiographie de Malcolm Reid, écrivain résidant depuis de nombreuses années dans le Faubourg, et citoyen engagé. Il habite Québec depuis longtemps, mais pas depuis toujours. Ici, par tranches, il écrit le récit de son chemin vers… Chaque premier samedi du mois, nous vous proposons un chapitre de « Roosevelt Avenue ». 

J’écris ce chapitre de Roosevelt Avenue pour fêter mon anniversaire. Charlotte Clare, devenue Charlotte Reid, m’a donné naissance le 3 juillet 1941. Je ne sais pas à quelle heure… mais quel beau jour pour donner naissance, hein? Et pour naître!

Naturellement, je ne me rappelle rien de ce moment – à cet âge-là on est trop jeune. C’est pourquoi un anniversaire de naissance devrait être la fête de la femme qui accouche. Mais je vais le fêter quand même, et Réjeanne va le fêter avec moi, et peut-être Zoé aussi, l’amie de feu mon ami Marc Boutin. Je vais parler au téléphone avec Ian, mon frère. Et je vais méditer un fait que j’ai découvert concernant ce moment dans l’histoire du monde. Le trois juillet quarante-et-un c’est le moment où Hitler et ses troupes ont été le plus proche de capturer Moscou, mais N’ONT PAS PU capturer Moscou.

Alors, un verre de vodka pour Red Russia et un verre de vin rouge pour Malcolm. Malcolm a la santé. Il a l’énergie. He’s eighty and he’s happy.

Ou pour choisir le mot du grand troubadour belge Julos Beaucarne: Huitante!

Et dans ce chapitre, chers lecteurs, je me propose de vous présenter deux lieux pas si loin d’ici, qui vont être importants dans la partie de mon histoire où j’entre maintenant. Ce ne sont pas des endroits célèbres, ils ont besoin que je les présente.

Le premier de ces endroits s’appelle Nepean. Le Township of Nepean était une banlieue d’Ottawa, pas encore fusionnée à la ville. Au milieu de ce Township se trouvait Nepean High School, où j’ai reçu mon éducation secondaire; c’était un long édifice construit en 1925 peut-être, ou 1935. Là, j’ai rencontré un autre gars de treize ans, qui s’appelait Fred Carpenter. Fred est devenu mon meilleur ami au secondaire, dans l’ère d’Elvis Presley.

J’ai parlé de Fred Carpenter dans un précédent chapitre de Roosevelt Avenue. Car à ma grande surprise, Fred Carpenter m’a téléphoné en mai. Il m’a un peu parlé de nos années d’adolescence, quand nous fréquentions Nepean… Mais il avait autre chose à dire.

Alors, dans ce chapitre, je vais déroger un peu à la règle chronologique de mon autobiographie. Je vais dire les nouvelles choses que Fred m’a apprises au téléphones, sur son enfance et sa famille. Des choses que je n’ai jamais su quand nous étions tous les deux dans la classe de Monsieur Roy, à Nepean. Ces nouveaux faits ont pas mal changé ma façon de percevoir nos années de high school ensemble. Pourquoi je n’ai pas posé des questions sur l’enfance de Fred? Ça me fait voir comment on est, quand on est adolescent. Combien notre curiosité est différente de la curiosité qu’on a à 80 ans. Fred m’a dit:

« Mal! Ma famille avait vécu une couple d’année en Angleterre juste avant qu’on se connaisse à Nepean… »

« En Angleterre? Vraiment Fred? »

Oui. Mon père était un officier de haut rang de l’Aviation canadienne, et il avait été posté là-bas pour resserrer les liens militaires du Canada avec la Grande-Bretagne. À cette époque, c’était mon père qui s’appelait Fred, et moi, on m’appelait Rick. Sauf à l’école, où tu m’as connu comme Fred! Mon père, l’Air commodore Frederick Carpenter, avait vu le jour à Toronto, et avait grandi en jeune canadien. Mais il avait été à l’aise pendant notre séjour en Angleterre. Car sa famille était d’origine britannique. En Angleterre, mes parents m’avaient placé dans une école privée. J’ai bien aimé ça, j’ai aimé la discipline. Revenus au Canada, cependant, ils trouvaient qu’une école publique comme Nepean était okay pour moi, et voilà! On s’est trouvé dans la même classe, toi et moi. »

« Ça colore mon sens de notre amitié, Fred. »

Et après une pause, j’ai ajouté:

« Fred… je veux dire Rick! »

***

Le deuxième endroit géographique que je veux évoquer dans mes prochains chapitres est un village au Québec.

Ce village s’appelait Weir.

Ce qui est le mot anglais, un peu oublié aujourd’hui, pour un petit barrage bâti sur un ruisseau à la campagne.

Weir, dans le comté d’Argenteuil, dans les Laurentides du Québec, au nord de Montréal. Et à côté de Weir, le Lac Bevan, qui pour moi est le plus beau lac au monde.

Je racontera ça.

Retrouvez ici le trente-septième chapitre de Roosevelt Avenue.

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