Cinq femmes sur scène, trois générations unies par des liens familiaux, réunies autour d’une table et de souvenirs culinaires… Des souvenirs, des recettes que seule l’aïeule connaît et qui se perdent dans un Alzheimer naissant. Avec Renversé à l’ananas, le théâtre Premier Acte nous offre ici une belle histoire de transmission, d’héritage, et de matrimoine aux saveurs douces amères.

Tout commence et tout finit dans la cuisine, cœur de la maison. C’est au travers de la quête pour LA recette de renversé à l’ananas, feuille volante jaunie par le temps et saupoudré des notes de la grand-mère au fil des ans, petit rien qui n’avait pas vocation à devenir trésor, que les femmes d’une même famille se croisent, se confrontent, se jugent parfois et s’animent autour de leur passion pour la cuisine et des débats qui secouent ou ont secoué leur génération. “Renversé à l’ananas” est une pièce féministe où se confrontent les perceptions sur les genres et les modèles féminins de réussite et d’amour… et sur les manières qu’ont chaque génération de renverser la précédente.

Il est facile de se reconnaître dans les personnages-archétypes de la pièce, peu importe son âge, de s’identifier aux questionnements portés par chaque génération et les façons dont on peut, en tant que femme, incarner les transformations sociales. Catherine Côté, l’auteure, souhaitait “rendre hommage au travail domestique” et intégrer “les sacrifices liés au travail ménager et aux soins de la famille au cœur même des enjeux dramatiques” pour souligner l’importance de tout ce qui est traditionnellement dévolu au modèle féminin.

La pièce oscille entre tensions et instants doux, interprétés avec justesse par les actrices (on tient notamment à souligner la performance émouvante de Véronique Aubut dans le rôle de l’aïeule); elle est ponctuée de moments truculents sur les icônes de la cuisine québécoise, de Jehanne Benoît à Ricardo en passant par Sœur Angèle, le tout dans une maison envahie de livres de cuisine. Dans “Renversé à l’ananas”, on mange ses émotions autant que l’on met d’amour dans les plats que l’on prépare. On s’interroge sur la transmission du matrimoine, car une recette n’est jamais juste une liste d’ingrédients et d’instructions… Et on en vient à réaliser que ce n’est sans doute pas un hasard si pendant la pandémie nous sommes nombreux‧ses à avoir (ré)investi les cuisines pour faire du pain ou d’autres recettes…

On vous recommande chaudement “Renversé à l’ananas”, qui avait déjà été présenté sous forme de chantier au Premier Acte en 2019. Parce que c’est fait avec amour et que vous allez avoir envie de mettre la main sur vos recettes d’enfance ou mettre par écrit celles que vous souhaitez transmettre et transmettre à vos proches bien plus qu’un legs culinaire.

À noter: la compagnie Mon Père est Mort propose en complément un balado de trois courtes pièces d’une quinzaine de minutes en complément à la pièce. Créations ancrées dans un théâtre profondément identitaire, elles abordent les enjeux féministes ainsi que les relations mère-fille avec humour et une bonne dose de sucre.

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