Dans le cadre de la campagne municipale, le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste a organisé une rencontre publique avec les candidates et candidats du district Cap-aux-Diamants au parc Berthelot le 2 octobre dernier.

Près d’une centaine de personnes ont assisté aux échanges, qui ont permis d’aborder les enjeux et revendications portées par le Comité populaire depuis plusieurs années, comme le logement abordable, l’aménagement urbain, la circulation de transit ou encore les îlots de chaleur. Les cinq candidats dans le district de Cap-aux-Diamants se sont prêtés à l’exercice en répondant à plusieurs blocs de questions pendant une quinzaine de minutes. Peu importe les enjeux abordés, tous ont tous mis de l’avant l’importance d’un quartier échelle humaine, du dialogue et de l’écoute, ainsi que de consulter les citoyennes et citoyens du Faubourg sur les problématiques vécues au quotidien, dressant en creux le portrait d’une administration sortante peu à l’écoute des personnes et de leur cadre de vie.

Pour Marie-Ève Duchesne, permanente du Compop, il était important de donner un espace pour entendre les engagements des candidat·e·s en lice pour le district : « Au-delà des grands principes énoncés par les différents partis, nous voulions écouter concrètement ce que les candidat·e·s prévoient faire à l’échelle locale pour améliorer la qualité de vies des résident·e·s ».

Première candidate à prendre la parole, Cynthia Laflamme, pour Québec 21, s’est notamment montrée ouverte à ce que l’on enlève des cases de stationnement pour planter des arbres dans les secteurs où la canopée est faible, montrant en cela une évolution notable de son parti depuis les déclarations de Jean-François Gosselin en 2017. En faveur du développement des commerces locaux dans l’optique du maintien de la population dans les quartiers centraux, elle ne souhaite pas faire de lien entre l’arrivée d’un métro (projet porté par Québec 21 contre l’actuel projet de tramway) et les risques de gentrification, elle a néanmoins déclaré être consciente du besoin croissant en matière de logement social.  Revenant sur le projet d’utiliser le terrain de la centrale de police Victoria pour y faire du logement social, elle a précisé qu’il s’agissait là d’un site exceptionnel, à proximité des services et qu’un projet en harmonie avec le milieu pourrait y voir le jour.

Saint-Jean-Baptiste a clairement manqué d’amour dans les dernières années. Vos trottoirs sont désuets, les installations pour enfants sont peu actualisées, les parcs mal entretenus. Je veux des gens qui soient heureux de vivre dans ce quartier. Améliorer la vie de quartier est notre priorité. Plus vous allez être heureux, plus vous allez rester ici.

Cynthia Laflamme

Boufeldja Benabdallah, représentant de l’Équipe Marie-Josée Savard, est associé à la volonté de l’administration sortante d’instaurer une politique du vivre-ensemble. Interrogé sur le projet d’acquérir l’église Saint-Jean-Baptiste pour « assurer sa pérennité et en faire un espace communautaire », M. Benabdallah a indiqué que le projet visait à « redonner à cette bâtisse sa vocation première, qui est une vocation sociale » et que le projet serait ensuite coconstruit avec les citoyen‧nes, en vue d’en faire un lieu « de débat, d’échange, mais aussi convivial ». Quant aux prochaines étapes pour l’aménagement d’un quartier à échelle humaine, M. Benabdallah a indiqué vouloir sécuriser et augmenter le nombre de rues partagées une fois que les résultats de l’enquête de satisfaction auront été analysés.

En guise de conclusion, le candidat a mis de l’avant la volonté de bien faire de tous les candidats qui se présentent lors de ces élections, peu importe le parti. S’adressant aux autres partis en lice, il a déclaré « vous n’êtes pas mes adversaires. Vous êtes des gens qui avez une vision pour faire avancer le bonheur et la beauté de cette ville. Nous on a une vision, nous pensons qu’elle sort de la mêlée, qu’elle est meilleure. […] Mais si la vôtre est intéressante, soyez-en sûr que je vous supporterai ».

Interrogée sur les mesures concrètes qui pourraient être appliquées au Faubourg en matière d’aménagement urbain, Alexia Oman pour Transition Québec a souligné qu’il était important de garder le quartier à échelle humaine. « On est chanceux ici, on a pensé nos quartiers en fonction des individus. L’affaire, c’est qu’on est venus mettre un paquet de chars à travers ça » a-t-elle indiqué, avant de préciser que « pour le centre-ville, on veut d’abord et avant tout verdir », et que cela devait se faire au détriment des cases de stationnement. « Il faut revoir notre dépendance à la voiture. Une de nos priorités, c’est de se donner du transport en commun et actif agréable, sécuritaire et gratuit pour tous et toutes » a précisé Mme Oman. La candidate a également mis de l’avant la volonté de décentraliser le plus possible les décisions et de donner plus de pouvoir aux acteurs locaux, comme les sociétés de développement commercial ou les conseils de quartier.

Je suis vraiment fière de pouvoir me présenter cette année avec Transition Québec. On amène des idées innovantes, courageuses. On a envie d’avoir une ville à l’échelle humaine, qu’on parle à nos voisins, nos voisines, nos arbres. Il faut que l’on puisse s’organiser en ayant en tête les différences, les différentes réalités des individus, de la collectivité. C’est vraiment important de redonner du pouvoir aux organismes, aux personnes qui sont concernées mais qui ne se sentent pas écoutées.

Alexia Oman

Interrogée sur les mesures que comptait mettre en place Québec Forte et Fière pour lutter contre les inégalités sociales, Mélissa Coulombe-Leduc a dû réserver sa réponse étant donné qu’une annonce officielle du parti à ce sujet était prévue le lendemain du débat. Le plan de réduction des inégalités présenté le 3 octobre comprend notamment l’instauration d’une tarification sociale pour le réseau de transport collectif de Québec, une fiducie foncière dédiée au logement social ainsi qu’un meilleur soutien, notamment financier, aux organismes communautaires de la région.

Revenant sur les possibles infrastructures sécuritaires et efficaces pour chaque mode de déplacement dans un espace aussi densifié que le quartier, Mme Coulombe-Leduc a indiqué vouloir « augmenter le nombre de rues partagées, voire piétonnes pour Saint-Jean-Baptiste. On veut pérenniser les rues partagées expérimentées cet été. On parle de vrais aménagements physiques, des saillies de trottoirs, pour ralentir la circulation ». La candidate a également précisé vouloir bonifier le réseau de pistes cyclables et que la limitation de la rue Saint-Jean à 30km/h demeurait un objectif, notamment pour décourager la circulation de transit.

Lorsqu’on a créé Québec Forte et Fière, on faisait le constat que dans l’offre politique actuelle il y avait un manque en termes de leadership d’équipe, mais également en matière de véritable écoute, de dialogue citoyen. Pour nous le dialogue citoyen devrait être au cœur de l’action politique d’une action municipale responsable. Une administration municipale, pour bien gouverner, doit parler avec tous les segments de la population, prendre le temps de dialoguer et d’écouter. On a misé sur la division pour se garder au pouvoir, et ce n’est pas notre façon de faire.

Mélissa Coulombe-Leduc

David Johnson, candidat de Démocratie Québec et colistier de Jean Rousseau (conseiller municipal sortant) dans le district, a déclaré que « souvent, on a tendance à trop faire confiance aux politiciens » et que si la campagne est le moment où les enjeux sortent, « le vrai travail commence après les élections. On espère élire des gens conscients des enjeux, qui sont capables d’être diplomates et de trouver des solutions ». Il a également indiqué que le rôle des groupes sociaux était de rester mobilisés et de « mettre la pression pour s’assurer que les élus tiennent leur promesse ».

Dans la ligne des propositions de Démocratie Québec visant à contrôler la circulation de transit par des mesures d’atténuation dans les différents quartiers du district après une consultation publique des résidents, David Johnson, candidat de Démocratie Québec, a mis de l’avant sa volonté de travailler principalement sur les rues partagées, afin de réduire la circulation des véhicules, améliorer la sécurité et le confort des déplacements à vélo et verdir les rues. Citant en exemple les aménagements de la rue Père-Marquette dans Montcalm, il souhaite prioriser cette approche pour sécuriser le transport actif.

Reprenant la proposition élaborée par Marc Boutin et le comité aménagement du ComPop pour le terrain du Patro, David Johnson a précisé le projet de coopérative d’agriculture urbaine porté par Démocratie Québec sur ce terrain. Comprenant des serres sur les toits des bâtiments, ce type de projet permet de réduire les îlots de chaleur, de diminuer l’insécurité alimentaire et de produire à l’année longue.

C’est un vrai privilège d’être ici et de pouvoir me présenter lors de cette campagne. Je trouve qu’on est dans une période de changement, à Québec, dans le quartier. De gros changement se passent, on veut que ça soit pour le mieux. Ça prend du courage, de l’audace, il faut arrêter de vouloir gérer la ville comme une business, une ville est d’abord et avant tout un lieu social, un environnement.

David Johnson

Pour le Comité populaire, la démarche du débat public s’inscrit également dans une vision à long terme : « Pour nous, les luttes urbaines et sociales sont un combat de longue haleine, mais elles ne se termineront pas le 7 novembre. Nous avons entendu plusieurs promesses lors de ce débat, des questions auront été répondues, d’autres seront demeurées sans réponse. Il sera important de rester mobilisé·e pour que nos revendications politiques deviennent réalité », a ajouté Mme Duchesne.

NDLR – Le débat a été filmé, et sera disponible sous peu pour visionnement sur le site et la page Facebook du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.