C’est d’abord un aveu d’impuissance, cette lettre ouverte à « Monsieur » – l’homme riche, l’homme de pouvoir, l’homme politique. Car les petites gens ne sont jamais entendus : au mieux, ils servent de figurants dans les campagnes électorales.

Le virus et la proie prend résolument le parti de la masse, parce qu’on ne pourra s’en sortir qu’ensemble. (Quoique d’aucuns cherchent à vous faire croire, vous faites bel et bien partie du trafic. Les statistiques, c’est vous.)

Le roi est nu

Cette machine qui broie l’humain et la vie, « le système » dont fait partie Monsieur, est dénuée de sens. La mascarade politique ne sert qu’à se reconduire elle-même. Si d’aventure une personne se présente avec l’espoir de changer les choses, la machine aura tôt fait de l’avaler – ou de la recracher. (On en a vu des exemples récemment.) Il en va de même pour les idées, les mots porteurs de sens, que la politique mâche jusqu’à ce que ne subsiste qu’une pâte blanchie et fade.

Sauf que. On a beau se sentir étranger à la machine, il n’en demeure pas moins qu’elle régit notre existence.

Le virus et la proie opère un renversement, redonne la parole à la masse que le système d’ordinaire fait taire. Contre l’ordre établi, l’indignation violente est justifiée.

Au centre, la littérature

La mise en scène sobre de Benoît Vermeulen laisse toute la place aux mots, aux figures de style de Pierre Lefebvre. La littérature occupe l’espace, tandis que les quatre acteurs, individus représentant l’ensemble de la foule, incarnent le texte et portent toute sa charge émotive.

Les mouvements de danse, les sons grinçants ponctuant certains moments évoquent le malaise qu’on ressent devant l’implacabilité du système, tous ces signaux d’alarme qu’on n’entend plus. Ces éléments étant employés avec parcimonie, leur effet s’en voit décuplé.
Et pourtant il s’agit de théâtre, une œuvre encadrée donc inoffensive.

Dans le cadre du Carrefour international de théâtre, la pièce Le virus et la proie est présentée à nouveau au Diamant ces samedi et dimanche 4 et 5 juin. (Y aura-t-il des Monsieur dans la salle?)