Avec L’Œil, Rosalie Cournoyer nous plonge dans un huis clos féminin, où les questionnements sur l’art et le corps permettent d’aborder habilement plusieurs enjeux liés au désir, à la création, la sororité et la résilience.

Lorsque Camille débarque dans l’atelier de son peintre de père pour s’assurer qu’il est bien fermé après un malaise cardiaque, elle ne pense pas tomber sur Sophia, modèle de son père, en tenue de travail, c’est-à-dire complètement nue. Du malaise provoqué chez Camille par cette nudité va naître une confrontation entre les deux jeunes femmes, que tout semble opposer, à commencer par la définition même de l’artiste et de ce qu’est la création.

Doctorante en histoire de l’art, Camille a une approche intellectuelle, clinique et rationnelle de l’art. Sophia définit l’art par une relation charnelle, physique, entière, une pratique intime qui l’ancre dans son corps. De la rencontre des deux femmes naît un dialogue tout en nuance et l’affrontement initial se métamorphose en un échange qui nourrit et fait grandir les protagonistes. Au-delà de l’art et de l’artiste, cet échange va également faire naître des réflexions sur l’importance et la signification du corps, du nu et des chairs dans l’art et dans la façon dont on est amené à se définir en tant qu’individu, en substance et dans le regard des autres. C’est également l’occasion pour les personnages d’évoquer les expériences traumatiques qui sont inscrites en elles et qui ont modifié leur relation avec leur propre corps.

Depuis sa présentation au Premier Acte en février 2023, le texte a été retravaillé et a gagné en fluidité en abandonnant plusieurs interventions théoriques sur le féminisme. Il en ressort des dialogues beaucoup plus fluides et d’une très grande qualité, qui mettent en lumière le travail d’écriture infiniment délicat, sensible et contemporain de Rosalie Cournoyer. L’Œil est une pièce qui a énormément gagné en maturité et en limpidité en moins d’une année, ce qui est remarquable. On avait adoré la première présentation au Premier Acte et on ne saurait trop vous encourager à aller voir L’Œil au Périscope. Ce sera l’occasion de découvrir ou redécouvrir une pièce remarquable, douce et érudite, magnifiquement portée par Maureen Roberge et Marie-Ève Lussier-Gariépy, deux actrices dont la sensibilité, l’intelligence et la délicatesse permettent d’offrir une prestation impeccable.

On regrettera peut-être qu’en gagnant en espace, la mise en scène ait un peu perdu en douceur et en intimité. Les lumières sont un peu moins chaudes et habillent moins les corps que lors de la présentation au Premier Acte. Cela apporte une dimension plus réaliste et confrontante qui est tout aussi intéressante aux différentes questions posées par la pièce.

Informations complémentaires

  • Billets
  • Production: Vénus à vélo
  • Texte et mise en scène: Rosalie Cournoyer
  • Interprètes: Marie-Ève Lussier Gariépy et Maureen Roberge
  • À noter: le samedi 2 décembre, de 12h30 à 15h30, le Périscope se transforme en atelier des beaux-arts ! Présentez-vous avec votre matériel de prédilection pour croquer sur le vif deux modèles vivants. Une exposition des œuvres réalisées suivra en janvier, pour les artistes qui le désirent.