Dimanche à Sodome, au Périscope jusqu’au 23 mars, offre une réinterprétation contemporaine et féministe de l’histoire biblique de la destruction de Sodome et Gomorrhe, par le biais d’une plongée visuelle et sonore tout à fait innovante. Une pièce qui transforme une tragédie en histoire puissante d’amour d’une mère pour ses enfants.
Qui ne connaît pas le récit biblique de Sodome et Gomorrhe, détruites par la colère divine à cause de leurs péchés, dont seuls Loth et ses filles sortirent indemnes, la femme de Loth ayant pour sa part été transformée en statue de sel pour avoir osé se retourner malgré l’interdiction? La pièce propose une relecture féministe de ces événements, racontée par la femme de Loth à qui l’on donne pour l’occasion un prénom, Edith, une identité et une histoire. Édith nous raconte le dimanche qui a mené à la destruction de sa maison, sa cité, dans un univers mêlant le récit biblique antique et un présent aux allures de pays du Proche-Orient où les cadavres s’accumulent et dont l’actualité n’échappera à personne.
Dimanche à Sodome s’attaque à une énigme: pourquoi la femme de Loth s’est-elle retournée, malgré l’interdiction divine? Qu’est-ce qui a été plus fort que la soumission que l’on pouvait attendre de sa part? L’auteur Jordan Tannahill propose une explication universelle, enracinée dans l’émotion maternelle. Parce que l’obéissance à Dieu ne vaut rien face à l’amour des siens.
Dans une mise en scène dénudée et s’attachant à faire ressortir l’esthétique des mouvements, Dimanche à Sodome se distingue par le travail délicat de la lumière et de l’ambiance sonore, qui aspirent le spectateur dans cet univers où tout craque de tous côtés. À cet effet, la scène d’ouverture, où les versets de la Bible évoquant l’épisode de Sodome et Gomorrhe sont narrés par les deux anges, est particulièrement réussie et met le couvert pour la suite des choses.
La pièce navigue entre mythe et modernité de manière tout à fait assumée, avec des dialogues percutants, parfois drôles, souvent acides. Cette extrapolation scénique aux accents résolument contemporains – puisque l’on comprend rapidement que l’on se trouve dans un pays du Moyen-Orient en proie à la guerre civile et subissant le jougs d’une puissance étrangère aux accents très états-uniens (et franchement douchebag) – prend le parti de se libérer du mythe pour présenter un propos dont l’actualité résonne facilement auprès d’un public de jeunes adultes. Féminisme, sacrifice et souffrances imposées par le patriarcat sous toutes ses formes, voici quelques-uns des thèmes abordés par la pièce, d’une manière qui peut parfois sembler un peu didactique et manichéenne. Sans remettre en cause la qualité du texte, on doit relever que le travail d’appropriation réalisé par Les écornifleuses est des plus intéressants et permet de lui donner toute la dimension nécessaire. L’attention portée à la lumière et aux éclairages et tout le travail de conception sonore sont deux très grandes qualités de la pièce Dimanche à Sodome telle que l’on peut la voir au Périscope.
Le travail d’interprétation des acteur‧ice‧s doit être souligné. Le personnage d’Edith, réinventée pour l’occasion en icône de la génération sandwich, coincée entre “les bouches à nourrir et les culs à torcher”, ne sera pas plus immobile dans sa mort, transformée en statue de sel, qu’elle ne l’aura été dans sa vie, prisonnière des obligations que lui impose la société dans laquelle elle vit. La performance remarquable de l’actrice Sophie Dion, qui ne bouge absolument pas de toute la pièce, au milieu du fracas et des tumultes d’un monde qui s’effondre, est à saluer, tout comme celle de Joanie Lehoux dans le rôle de Sahrah, fille d’Edith et de Loth.
Informations complémentaires
- Billets
- Texte: Jordan Tannahill, traduit par Olivier Sylvestre
- Mise en scène : Jocelyn Pelletier
- Distribution: Sophie Dion, Eric Leblanc, Vincent Michaud, Raphaël Posadas, Joanie Lehoux & William Savoie
- Assistante à la mise en scène et directrice de production : Marie-Hélène Lalande
- Conceptrice des costumes et des accessoires : Laurie Foster
- Concepteur des éclairages : Jean-François Labbé
- Artiste visuel : Jean-François Labbé
- Concepteur de l’environnement sonore: Yves Dubois
- Directeur technique: Simon Rollin
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