Présenté au Diamant jusqu’au 27 avril, M’appelle Mohamed Ali s’appuie sur la vie du célèbre boxeur, marquée par les combats politiques contre la ségrégation raciale.

Si le ring de boxe est une cage où l’homme noir est offert en spectacle à une foule assoiffée de sang, la scène de théâtre, elle, devient un ring où il se réapproprie son identité effacée par les stéréotypes, les injures racistes. C’est le lieu où il se bat pour exister aux yeux du monde, envers et contre tous, et porte l’histoire des siens.

Produit du racisme, de l’esclavage, de la ségrégation, l’effacement identitaire des afrodescendants s’avère aussi le lot du comédien censé jouer une succession de personnages.

Dans M’appelle Mohamed Ali, l’auteur congolais Dieudonné Niangouna s’intéresse surtout à la figure du légendaire boxeur, symbole de résistance et de lutte pour les droits civiques. Il s’agit d’une pièce politique dont le caractère très personnel se communique par l’interprétation passionnée de Vlad Alexis, Lyndz Dantiste, Widemir Normil, Martin-David Peters, Rodley Pitt, Philippe Racine et Franck Sylvestre. Oumy Dembele, figure maternelle, complète la distribution.

Une puissante force de frappe

Je ne joue pas. Je saigne, j’enseigne. Je fais saigner, j’ai pas le choix.

La poésie du texte, tant par son rythme que par sa puissance d’évocation, frappe.

Les mots mis en scène par Philippe Racine et Tatiana Zinga Botao forment un monologue collectif où, comme un seul homme, l’ensemble des sept acteurs incarnent à la fois le comédien Étienne et le légendaire boxeur. En même temps, cette mise en commun du texte par autant d’hommes si différents les uns des autres met en évidence de la pluralité et la richesse des expériences des personnes noires.

La pièce interroge tant le regard porté sur soi par l’autre que celui qu’on porte sur soi-même. Et bien sûr, il est question de subvertir les rapports de forces. En ce sens, un renversement s’opère, d’abord de manière progressive – regards inquisiteurs des interprètes vers les gens assis dans la salle, interpellations –, puis plus directe, alors que les projecteurs éclairent le public et que l’attention glisse sur lui.

En clair, vous n’échapperez pas à cette remise en question.

M’appelle Mohamed Ali est présenté jusqu’au samedi 27 avril au Diamant.